[Aïkido, Bushido, Bouddhisme, Spiritualité, Philosophie Orientale, santé...]

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samedi 23 juillet 2005

Dessin Combattants Samouraï

mercredi 20 juillet 2005

Livre de l'Eau - Le port de la tête dans l' « art du combat »

musashiIl convient que la tête ne soit ni inclinée en avant, ni rejetée en arrière, ni penchée sur le coté. Le regard doit être concentré. Froncer les sourcils sans plisser le front. Évitez de battre les paupières tout en les gardant légèrement baissées, le visage détendu, ne froissez pas le nez et avancez légèrement le menton. La nuque doit rester droite ; concentrez-y votre force. Les deux épaules, tout en tenant le reste du corps sous leur protection, doivent demeurer détendues. Le dos bien droit, les fesses rentrées, concentrez la force des deux genoux jusqu'a la pointe des pieds. tendez le ventre afin de ne pas avoir les reins cassés. Ensuite, calez le ventre en vous appuyant sur la gaine du wakizashi (petit sabre) en le fixant à la « clavette » pour que la ceinture tienne bien serrée.

En règle générale, le samouraï doit conserver l'attitude qui est la sienne dans la vie quotidienne au cours du combat et inversement garder l'esprit et les réflexes de la stratégie dans la vie de tous les jours. Il faut bien examiner ceci.

Article connexe : Shisei

samedi 16 juillet 2005

Chanoyu : La Cérémonie du thé japonaise, Les quatre principes


Calligraphie de Sen Soshitsu
15e Grand Maître de l'école Urasenke

Harmonie, Respect, Pureté, Tranquilité

Wa, Kei, Sei, Jaku (harmonie, respect, pureté et tranquilité) sont les quatres principes du chanoyu tels que laissés par le maître de thé Sen Rikyu (1522-1591). Ce sont les principes que les pratiquants de la voie du thé s'efforcent d'intégrer à leur vie quotidienne. Ces principes sont le reflet de la pureté d'esprit et d'âme de Sen Rikyu. Bien que n'étant pas un vrai zengo (phrase Zen), ces quatre simples mots peuvent être réalisés après une longue pratique.

Wa - Harmonie

L'harmonie est l'idéal ultime pour les êtres humains. C'est l'interaction positive qui existe entre l'hôte et l'invité durant une cérémonie du thé ou entre plusieurs personnes dans la vie. Le thé est un partage entre l'hôte et son invité, pas une recherche solitaire. L'harmonie s'étend également à la nature et aux ustensiles tangibles du thé, ceux du quotidien et à la vie elle-même. La véritable harmonie apporte la paix.

Kei - Respect

Le respect est la capacité de comprendre et d'accepter les autres, y compris ceux avec qui nous pourrions être en désaccord. Lorsque nous sommes aimables avec les autres et humble avec nous-même, alors nous sommes dignes de respect. Durant la cérémonie du thé, lù'hôte pense à l'invité et l'invité à l'hôte. C'est ce partage continu et cette considération qui fait le succès de la réunion de thé un instant mémorable. Idéalement, tous sont du même rang dans la pièce de thé. Il est important de traiter toute chose et tout le monde avec le même respect. Traitez tous les ustensiles?? de la même manière, quelle que soit leurs origines. Le prix d'un objet ne doit pas dicter la manière dont il est traité. En purifiant son coeur il est possible d'atteindre le respect.

Sei - Pureté

La pureté est la capacité de se traiter et traiter les autres avec un coeur pur et ouvert. C'est en fait l'essence de l'entrainement à la voie du thé. Il ne s'agit pas de la propreté mais de la pureté du coeur. Avec un coeur pur, l'harmonie et le respect peuvent être atteints. Lorsque le jardin de thé est nettoyé, alors le coeur et l'esprit sont aussi purifiés. Un coeur pur n'est pas prétentieux mais naturel. L'idéal de pureté de Sen Rikyu résidait dans l'aspect naturel du jardin après qu'il fut nettoyé, avec quelques feuilles tombées d'un arbre sur la mousse fraîchement préparée.

Jaku - Tranquilité

La tranquilité est le point dans l'entraînement où le pratiquant atteint un certain niveau de désintéressement. Bien que d'un côté ce soit le but ultime, d'un autre, c'est à nouveau le commencement. Un vrai maître qui atteint ce niveau le plus élevé et qui alors met en pratique les idéaux d'harmonie, de respect et de pureté recommence alors avec un coeur frais et éclairé. À ce moment là, les possibilités infinies de la vie peuvent être réalisées.

samedi 2 juillet 2005

47 ronins

La plus poignante de toutes les histoires qui nous sont parvenues est sans doute celle qui vit tomber dans le gouffre de la mort 47 fidèles serviteurs : 14 décembre 1702. Quarante-sept ombres se faufilent à travers les rues sombres d'Edo (1). La neige qui tombe lentement ne semble pas les déranger. Ils ont l'air calme, presque zen, mais dans leur coeur brûle la flamme de la vengeance. Le rassemblement se fait, ils sont prêt à faire ce qu'ils ont prévu depuis 2 ans "Banzaï !!!" Le cri d'assaut déchire le silence...l'attaque vient de commencer. Les quarante-sept rônins (2) venaient d'entrer dans l'histoire.

Cette histoire commence au tout début du XVIIIe siècle. Depuis 1603, le Japon est sous la domination politique et militaire des Tokugawa au titre de shôgun (3). L'empereur, Fils du Ciel, n'a plus qu'un pouvoir religieux symbolique. Le shôgun de l'époque est Tokugawa Tsunayoshi (4) . L'empereur vient d'envoyer à Edo, auprès de lui, trois ambassadeurs afin qu'ils parlent en son nom. Afin de les recevoir comme ils le méritent, étant donné leur rang, on confia les préparatifs à deux grands seigneurs de l'époque. L'un d'eux était Asano Naganori, un très riche seigneur, à qui fut confié la direction de la cérémonie. Il déclina l'offre en arguant son ignorance en matière d'étiquette de la cour. Après plusieurs pressions de la part des autres seigneurs, il accepta à la condition d'être aidé du maître de cérémonie officiel Kira Yoshihisa. La coutume voulait que l'on offre un cadeau à un fonctionnaire lorsqu'on lui demandait un service. On conseilla donc à Asano de ne pas être avare envers le vieux courtisans. Mais Asano avait été élevé dans le principe droit du confucianisme et refusait de donner à un fonctionnaire de l'État plus de cadeaux que son rang n'en méritait. C'était, selon lui, le devoir de Kira de lui donner les informations nécessaires.

Malheureusement, Asano ne connaissait pas les usages d'Edo, ni la mentalité corrompue des grands de l'époque. Il ne donna qu'un présent symbolique à kira. Celui-ci le prit très mal et se rendit indisponible pour Asano. Lorsque les ambassadeurs arrivèrent à Edo, Asano réussit à se débrouiller pour ne pas perdre la face. Mais vint le moment où il faudrait qu'il fasse acte de présence devant les ambassadeurs. Il trouva Kira et lui demanda ce qu'il devait faire. Celui-ci lui répondit :

- Vous auriez dû vous occuper de cela avant. Maintenant, je n'ai plus le temps. Il murmura en plus, ce qui fut la goutte qui déborda du vase :
- Une bonne médecine est toujours amère. Asano n'en revenait pas ! Kira venait de l'insulter en public ! Fou de rage, il dégaina son wakisashi (5) et donna, semble-t-il, un coup si subtile que Kira ne le sentit même pas et le hakama (6) de ce dernier tomba sur le sol. Kira cria pour qu'on vienne à son aide. Un autre coup de sabre lui fendit la bouche ouverte (7) et des flots de sang vinrent étouffer son appel. On maîtrisa Asano et informa le shôgun de la situation.

Tirer la lame dans le palais du shôgun était déjà un acte grave. Répendre le sang l'était encore plus. Asano fut "invité" par le shôgun à se faire seppuku (8) au coucher du soleil. Ses terres furent confisquées et ses vassaux dispersés...ou presque. Des 200 vassaux d'Asano, 47 décidèrent de rester fidèles à leur maître et de le venger de l'affront que lui avait fait Kira, ce qui est leur devoir le plus sacré. Pour cela ils résolurent de se faire oublier pendant 2 années. Années pendant lesquelles ils furent la honte des guerriers, certains se convertirent au lucre d'autres devenant alcooliques, certains mêmes faisant la manche se faisaient rouer de coups par les plus déçus et colériques des samouraï. En fait, ils préparaient leur vengeance sous le couvert de la honte. À leur tête, le doyen des samouraïs d'Asano, Oishi Kuranosuke organisa et orchestra une vengeance soigneusement préparée tout en se cachant sous un masque de fêtard sans honneur.

En grand secret, ils se firent fabriquer des armes et des armures spécialement pour l'occasion. Alors que presque tout le monde les avait oublié, ils surgirent devant la maison de Kira à Edo et passèrent à l'attaque en vrais samouraïs : le sabre à la main et la rage au coeur. Les voisins de Kira furent réveillé par l'attaque, mais personne ne s'en mêla: ils savaient ce qui se passait et c'était une affaire d'honneur. Les serviteurs de Kira furent presque tous massacrés: samourais de garde comme domestiques. Les rônins cherchèrent Kira partout dans sa maison avant de le trouver cacher sous une pile de vêtements sales. Ils sommèrent Kira de se faire seppuku comme un homme d'honneur. Devant le refus de ce dernier, Oishi le décapita. Les 46 rônins restant (l'un d'eux était mort durant la bataille) allèrent déposer la tête de Kira sur la tombe d'Asano pour lui rendre hommage Leur maître était vengé. Ensuite, ils se constituèrent prisonniers et se rendirent aux autorités d'Edo.

Leur acte fut admiré de tous et le peuple d'Edo les considéra comme des héros. Même le shôgun admira leur courage. Le conseil shôgunal se demanda ce qu'il allait faire d'eux. On ne pouvait les condamner à mort comme des chiens, car ils avaient fait ce qu'on leur avait enseigné depuis l'enfance. On ne pouvait les laisser libre, car cela pourrait entraîner d'autres cas de vengeance. La décision tomba le 1er février 1703. Ils avaient vécu en samouraïs, ils allaient mourrir comme tel dans la dignité et l'honneur. Ils ont reçu l'ordre de se faire seppuku, geste qu'ils étaient tous prêt à faire depuis le début (9) . Leur suicide fut exemplaire. Seul le plus jeune fut épargné (16 ans) et reçu l'ordre d'honnorer et de s'occuper toute sa vie de la tombe de ses frères d'arme.

Encore de nos jours, l'histoire des quanrante-sept rônins frappe l'imagination du peuple nippon. Bien que leur acte dénote un profond romantisme, il n'en reste pas moins qu'ils sont les représentants d'un trait culturel et d'un code d'honneur unique. On peut encore admier leur tombe au temple Sengaku-ji à Tokyo. Leur acte a été fait dans la plus pure tradition du bushido : le dévoument le plus total envers son seigneur et maître. L'adage dit: "Tu ne vivras pas sous le même ciel que, ni ne foulera le même sol que l'ennemi de ton père ou de ton seigneur" (Confucius) Cet adâge dans le cas des 47 rônins, fut respecté à la lettre... "Hana wa sakuragi hito wa bushi (10) .

1- Ancien nom de la ville de Tokyo retour
2- Ronins: Samourai sans maître
3- Shôgun: Dirigeant politique et militaire au Japon médiéval et moderne.
4- Tokugawa Tsunayoshi: 5e shôgun de la dynastie des Tokugawa
5- Wakizashi: sabre court
6- Hakama: pantalon ample
7- Une autre version dit qu'il aurait été frappé au front
8- Seppuku: Suicide rituel qui consiste à s'ouvrir le ventre et à se faire trancher la tête
9- NB: Mettre à mort et ordonner le suicide rituel sont deux choses complètement différentes au Japon. Le seppuku est considéré comme la mort la plus glorieuse après la mort sur le champs de bataille.
10- De même que la fleur du cerisier est la fleur par excellence, le guerrier est l'homme par excellence.

Un bouddha à tuer

Un prêtre bouddhiste très croyant reçut la visite d’un samouraï par une froide nuit d’hiver. Il lui raconta que sa vie d’austérité venait enfin d’être récompensée il avait vu le Bouddha, à cheval sur un éléphant blanc, lui apparaître au sommet d’une colline au lever de la lune. Le samouraï monta la garde avec lui cette nuit-là.., et, au lever de la lune, il vit également le Bouddha. Il prit son arc et tira. Il y eut un cri et le Bouddha disparut. Le prêtre était horrifié. Le samouraï lui expliqua qu’il n’était pas particulièrement croyant. S'il avait vu la même chose que le prêtre, ce devait être une illusion. Le lendemain, ils se rendirent à la colline et trouvèrent un gros blaireau transpercé d’une flèche. C’est peut-être cette histoire qui a inspiré le proverbe : “Si vous rencontrez le Bouddha sur une route, tuez-le ! Si vous rencontrez un kami sur une route, tuez-le! C’est le seul moyen de découvrir leur véritable nature” !

Expérience et maturité

« Un maître d'escrime vivait avec ses trois fils. Il reçut un jour la visite d'un vieil ami. Les deux hommes ne s'étaient plus vus depuis quelques années et, tout à la joie de leurs retrouvailles, ils échangeaient souvenirs et nouvelles. Et le visiteur de s'enquérir des trois jeunes hommes : " Pratiquent-ils assidûment l'art du sabre ? Le plus jeune me semblait particulièrement doué, non ? "
- Attends, répondit le père, nous allons les mettre à l'épreuve ... Je crois que l'expérience et la maturité restent déterminantes ...

Les trois fils travaillaient à l'étage, dans leur chambre. Le père se leva et plaça un sabre en équilibre sur le panneau coulissant qui fermait la pièce. Il se rassit et appela impérativement son fils cadet : - " Ioro ! Descends tout de suite !" Des pas précipités dévalèrent l'escalier. Le panneau glissa, libérant le boken qui tomba en frôlant le garçon : déjà, celui-ci avait fait un bond en arrière et se tenait en garde; superbe et calme de détermination. Tandis que notre visiteur le félicitait, impressionné par cette jeune maîtrise, le père le priait de s'asseoir après avoir remis le boken en place et appelé son second fils. Des pas assurés se firent entendre dans l'escalier, le vantail s'ouvrit mais le boken ne heurta pas le sol : le jeune homme l'avait saisi au vol et le tendait respectueusement à son père. Le troisième fils fut alors appelé et notre ami ne voyait vraiment pas quelle performance supérieure on pouvait attendre de lui ! Quelques secondes s'écoulèrent dans le silence et, soudain, l'autre porte s'ouvrit : - " Pardon, père, tu m'as demandé ?' Le maître sourit : ce qui devait être fait avait été fait sans que rien ne soit dérangé.»

Asari

A l'âge de 27 ans, Yamaoka Tesshu, qui était déjà un expert de sabre réputé, combattit avec Asari Matashichiro, lui aussi sabreur célèbre. Cette rencontre fut brève car Asari désarma rapidement son jeune adversaire. Bouleversé Yamaoka connut une détresse sans borne parce qu'il réalisa combien il manquait de maturité spirituelle. Motivé par cette rencontre, il redoubla d'efforts pour se consacrer entièrement à l'entraînement au Kenjutsu (Art du sabre) et à la méditation (Zazen). Désirant mettre à l'épreuve le niveau qu'il avait atteint après dix ans de cette pratique intensive, il rencontra de nouveau Asari. Au cours de ce second combat, il sentit combien son adversaire le dominait
et, paralysé par la maîtrise qui se dégageait d'Asari, il refusa de poursuivre le combat et reconnut sa défaite. Cette nouvelle rencontre l'impressionna tant qu'il fut désormais hanté par l'image d'Asari, image obsédante qui lui rappelait sans cesse sa médiocrité. Loin de se résigner, il intensifia sa pratique du sabre et de la méditation. Sept années passèrent quand, après une forte expérience spirituelle, il constata soudain que l'image d'Asari avait cessé de le tourmenter. Il décida alors de se mesurer une nouvelle fois avec lui. Asari le fit d'abord combattre avec l'un de ses élèves mais celui-ci s'avoua vaincu dès le début du combat. Yamaoka rencontra alors Asari pour la 3ème fois. Les deux hommes se firent face un long moment, se jaugeant du regard. Soudain, Asari abaissa son sabre et déclara : " Vous y êtes, vous êtes enfin sur la Voie."

Le secret de l'efficacité

Devenu expert et un professeur renommé de l'art du sabre, Ito Ittosaï était cependant loin d'être satisfait de son niveau. Malgré ses efforts il avait conscience que depuis quelque temps il ne parvenait plus à progresser. Dans son désespoir, il décida de suivre l'exemple du bouddha, les sutras rapportent en effet que celui-ci s'était assis sous un figuier pour méditer avec la résolution de ne plus bouger tant qu'il n'aurait pas reçu la compréhension ultime de l'existence et de l'univers. Déterminé à mourir sur la place plutôt que de renoncer, le bouddha réalisa son vœu : il s'éveilla à la suprême Vérité. Ito Ittosaï se rendit donc dans un temple afin de découvrir le secret de l'Art du Sabre. Il consacra 7 jours et 7 nuits à la médiation. A l'aube du 8ème jour, épuisé et découragé de ne pas en savoir plus, il se résigna à rentrer chez lui, abandonnant tout espoir de percer la fameux secret. Après être sorti du temple, il s'engagea dans une allée boisée. A peine avait-il fait quelques pas que, soudain, il sentit une présence menaçante derrière lui. Sans réfléchir, il se retourna en dégainant son arme. C'est alors qu'il se rendit compte que son geste spontané venait de lui sauver la vie : un bandit gisait à ses pieds, sabre en main.

Une claire perception

Shôjû Rôjin dut, selon ses propres dires, attendre l'âge de cinquante-cinq ans pour parvenir à la continuité dans la "juste perception", la claire vision du clair esprit. Il attachait tellement d'importance à cela qu'il baptisa son ermitage "la cabane de la juste Perception". Rares étaient les moines qui se risquaient à rencontrer ce vieil homme, héritier direct d'une très ancienne lignée, et devenu l'un des plus grands maîtres du japon. Certains guerriers, toutefois, n'hésitaient pas à faire appel à lui pour progresser dans l'éclaircissement de l'esprit. Un jour, quelques samouraï pratiquaient la concentration zen en tirant au sabre devant le maître. Lorsqu'ils s'arrêtèrent pour reprendre haleine, l'un d'eux dit à l'ermite : "Pour ce qui est du principe, votre compréhension se relève bien supérieure à la nôtre, mais s'il s'agit de pratique, ne l'emportons-nous pas sur vous ?". Saisissant sur-le-champ cette opportunité, le vieux maître lança un défi aux samouraï. Le guerrier fanfaronnant tendit au vieil homme un sabre en bois, mais le maître refusa, arguant du faut qu'un moine bouddhiste ne saurait brandir une arme, fût-elle en bois. Non, il ferait usage de son éventail, dont le support métallique suffirait amplement à sa défense. " Essayez donc de m'atteindre" lança le maître, exhortant les samouraï au combat. Les guerriers ne pouvaient refuser un tel défi. Empoignant leurs sabres, ils attaquèrent le vieil homme sous tous les angles. Mais à mesure que celui-ci faisait une démonstration virtuose de l'art de la défense, leur émerveillement grandissait - et diminuait d'autant leur vigueur ! Chaque coup était adroitement paré par l'éventail du maître, qui semblait attirer les sabres comme un aimant. Brisés de fatigue, les guerriers durent admettre que le vieil homme se relevait capable de transformer à volonté sa connaissance abstraite en action concrète. L'un d'eux demanda quel était son secret. "- Il n'y a là aucun mystère, répondit le vieux maître, lorsque votre perception objective est claire, vous faites mouche à tous les coups."

Le Ki

Un maître du combat à main nue enseignait son art dans une ville de province. Sa réputation était telle dans la région qu'il défiait toute concurrence : les pratiquants boudant tous les autres professeurs. Un jeune expert voulu en finir de ce monopole, ce règne. L'expert se présenta à l'école, un vieillard lui ouvrit la porte. Sans hésiter le jeune homme annonça son intention. Le vieil homme, visiblement embarrassé, tenta de lui expliquer combien cette idée était suicidaire, étant donné la redoutable efficacité du maître. Pour impressionner ce vieux radoteur qui semblait douter de sa force, l'expert s'empara d'une planche et, d'un coup de genou, il la cassa en deux. Le vieillard demeura imperturbable. Le visiteur insista à nouveau pour combattre avec le maître, menaçant de tout casser. Le vieux bonhomme le pria alors d'attendre et il disparut. Quand il revint peu après, il tenait à la main un énorme morceau de bambou. Il le tendit au jeune en lui disant : "- Le maître a l'habitude de casser avec un coup de poing des bambous de cette taille? Je ne peux prendre au sérieux votre requête si vous n'êtes pas capable d'en faire autant." S'efforçant de faire subit au bambou le même sort que la planche, le jeune présomptueux dut finalement renoncer, épuisé, les membres endoloris. Il déclara qu'aucun homme ne pouvait casser ce bambou à main nue. Le vieillard répliqua que le maître, lui , pouvait. Il conseilla au visiteur d'abandonner son projet tant qu'il ne serait pas capable d'en faire autant. Excédé, l'expert jura de revenir et de réussir l'épreuve. Deux années passèrent pendant lesquelles il s'entraîna intensivement à la casse. Chaque jour il se musclait et durcissait son corps. Ses efforts portèrent leurs fruits car il se présenta à nouveau à la porte de l'école, sûr de lui. Le même petit vieux le reçut. Exigeant qu'on lui apporte l'un des fameux bambous pour le test, le visiteur ne tarda pas à le caler entre deux énormes pierres. Il se concentra quelques secondes, leva la main puis il cassa le bambou en poussant un cri terrible. Un sourire de satisfaction aux lèvres, il se retourna vers le frêle vieillard. Celui-ci fit un peu la moue et déclara : " Décidément, je suis impardonnable, je crois que j'ai oublié de préciser un détail ! le maître casse le bambou … sans le toucher." Le jeune homme, hors de lui, répliqua qu'il ne croyait pas aux exploits de ce maître dont il n'avait même pas pu vérifier la simple existence. Saisissant alors un solide bambou, le vieil homme le suspendit à une ficelle qu'il accrocha au plafond. Après avoir respiré profondément, sans quitter des yeux le bambou, il poussa alors un cri terrifiant qui venait du plus profond de son être, et sa main, tel un sabre, fendit l'air pour s'arrêter à 5 centimètres du bambou … qui éclata. Subjugué par le choc qu'il venait de recevoir, l'expert resta plusieurs minutes sans pouvoir dire un seul mot, pétrifié. Finalement, il demanda humblement pardon au vieux maître pour son odieux comportement et le pria de l'accepter comme élèves.

Le saki

Tajima no kami ('no kami' était un titre donné aux maîtres vénérés qui étaient ainsi consacrés comme de véritables dieux vivants) se promenait dans son jardin par un bel après-midi de printemps. Il semblait complètement absorbé dabs la contemplation des cerisiers en fleur. A quelques pas derrière lui, un jeune serviteur le suivait en portant son sabre. Une idée traversa l'esprit du jeune garçon : " Malgré toute l'habileté de mon maître au sabre, il serait aisé de l'attaquer en ce moment par-derrière, tant il paraît charmé par les fleurs de cerisiers." A cet instant précis, Tajima no kami se retourna et chercha autour de lui, comme s'il voulait découvrir quelqu'un qui serait caché. Inquiet, il se mit à fouiller dans tous les recoins du jardin. Ne trouvant personne, il se retira dans sa chambre, très soucieux. Un serviteur finit par lui demander s'il allait bien et s'il désirait quelque chose. Tajima répondit : - " Je suis profondément troublé par un étrange incident que je ne peux m'expliquer. Grâce à ma longue expérience des arts martiaux, je peux ressentir toute pensée agressive émise contre moi (le saki). Quand j'étais dans le jardin, cela m'est justement arrivé. A part mon serviteur, il n'y avait personne, pas même un chien. Ne pouvant justifier ma perception, je suis mécontent de moi." Le jeune garçon, apprenant cela, s'approcha du maître et lui avoua l'idée qu'il avait eue, alors qu'il se tenait derrière lui. Il lui en demanda humblement pardon. Tajima no kami se détendit et satisfait, retourna dans le jardin.

La démonstration

Un rônin rendit visite à Matajuro Yagyu, illustre Maître de l'art du sabre, avec la ferme intention de le défier pour vérifier si sa réputation n'était pas surfaite. Le maître tenta d'expliquer au rônin que le motif de sa visite était stupide et qu'il ne voyait aucune raison de relever le défi. Mais le visiteur, qui avait l'air d'être un expert redoutable et avide de célébrité, était décidé d'aller jusqu'au bout. Afin de provoquer le Maître, il n'hésita pas à le traiter de lâche. Matajuro Yagyu n'en perdit pas pour autant son calme mais il fit signe au rônin de le suivre dans son jardin. Il indiqua ensuite du doigt le sommet d'un arbre. Etait-ce une ruse destinée à détourner l'attention ? Le visiteur plaça sa main sur la poignée de son sabre, recula de quelques pas avant de jeter un coup d'œil dans la direction indiquée. Deux oiseaux se tenaient effectivement sur une branche. Et alors ?
Sans cesser de les regarder, le maître Yagyu respira profondément jusqu'à ce qu'il laisse jaillir un Kiaï, un cri d'une puissance formidable. Foudroyés, les deux oiseaux tombèrent au sol, inanimés.
- " Qu'en pensez-vous ?" Demanda Matajuro Yagyu à son visiteur qui ouvrit de grands yeux.
- " In… incroyable …", balbutia le rônin, visiblement ébranlé comme si le kiaï l'avait lui aussi transpercé.
- " Mais vous n'avez pas vu encore le plus remarquable …"
Le second kiaï du maître retentit alors. Cette fois, les oiseaux battirent des ailes et s'envolèrent. Le ronin aussi.

Le ryu (école) du combat sans arme

Le célèbre maître Tsukahara Bokuden traversait le lac Biwa sur un radeau avec d'autres voyageurs. Parmi eux, il y avait un samouraï extrêmement prétentieux qui n'arrêtait pas de vanter ses exploits et sa maîtrise au sabre. A l'écouter, il était le champion toutes catégories de tout le japon, ce que les voyageurs semblaient croire au vu de leurs regards goguenards où se mêlaient admiration et crainte. Le maître ne s'en préoccupa donc pas, ce qui finit par vexé le samouraï qui voyait bien l'attention de Bokuden se concentrer ailleurs. Il lui dit : " Toi, aussi tu portes une paire de sabre. Si tu es samouraï, pourquoi ne dis-tu pas un mot ?" Bokuden répondit : - " Je ne suis pas concerné par tes propos. Mon art est différent du tien. Il consiste, non pas à vaincre les autres, mais à ne pas être vaincu". Le samouraï se gratta le crâne de perplexité et demanda :
- " Mais alors quelle est ton école ?"
- " C'est l'école du combat sans arme."
- " Mais dans ce cas, pourquoi portes-tu des armes ?"
- " Cela me demande de rester maître de moi pour ne pas répondre aux provocations. C'est un sacré défi !"
Exaspéré, le samouraï demanda :
- " Et tu penses vraiment pouvoir combattre avec moi, sans sabre ?"
- " Pourquoi pas ? Il est même possible que je gagne !"
Hors de lui, le samouraï cria au passeur de ramer vers le rivage le plus proche, mais Bokuden suggéra qu'il serait préférable d'aller sur une île, loin de toute habitation, pour ne pas provoquer d'attroupement et être plus tranquille. Le samouraï accepta. Quand le radeau atteignit une île inhabitée, le samouraï, impatient d'en découdre, sauta à terre, il dégainait déjà son sabre, prêt au combat. Bokuden enleva soigneusement ses deux sabres, les tendit au passeur et s'élança pour sauter à terre, quand soudain, il saisit la perche du batelier, puis dégagea rapidement le radeau de la berge pour le pousser dans le courant. Bokuden se retourna alors vers le samouraï qui gesticulait sur une île déserte et il lui cria : - " tu vois, c'est cela, vaincre sans arme !"

A telle âme telle arme

"Le sabre est l'âme du samouraï ", nous dit l'une des plus vieilles maximes du bushido, la Voie du guerrier. Symbole de virilité, de loyauté et de courage, le sabre est l'arme favorite du samouraï. Mais dans la tradition japonaise le sabre est plus qu'un symbole philosophique : c'est une arme magique. Il peut-être maléfique ou bénéfique selon la personnalité du forgeron et du propriétaire. Le sabre est comme le prolongement de ceux qui le manient, il s'imprègne mystérieusement des vibrations qui émanent de leur être. Selon la vision l'antique religion shinto, la fabrication d'un sabre est une véritable alchimie où l'harmonie intérieure du forgeron est plus importante que ses capacités techniques. Avant de forger une lame, le maître armurier passait plusieurs jours en méditations variées, puis il se purifiait en procédant à des ablutions d'eau froide. Revêtant des vêtements blancs, il se mettait alors au travail, dans les meilleurs conditions intérieures pour donner naissance à une arme de qualité.
Masamune et Murasama étaient d'habiles armuriers forgerons qui vivaient au début du XIV siècle. Tous les deux forgeaient des sabres d'une très grande qualité. Murasama, au caractère violent, était un personnage taciturne et inquiétant. Il avait la sinistre réputation de forger des lames redoutables qui poussaient leurs propriétaires à de sanglants combats ou qui, parfois, blessaient son porteur. Ces armes eurent très vite la réputation d'être assoiffées de sang et furent tenues pour maléfiques. Par contre Masamune était un forgeron d'une très grande sérénité qui se livrait à un rituel de purification systématiquement pour forger ses lames. Elles sont considérées comme les meilleures du pays. Un homme, qui voulait tester la différence de qualité entre les modes de fabrication des deux armuriers, plaça un sabre de Murasama dans un cours d'eau. Chaque feuille dérivant à la surface, qui touchait la lame, fut coupée en deux. Ensuite, un sabre fabriqué par Masamune fut placé dans le cours d'eau. Les feuilles semblaient éviter la lame. Aucune d'elles ne fut coupé, elles glissaient toutes intactes, le long du tranchant comme si celui-ci voulait les épargner. L'homme rendit son verdict : " La Murasama est terrible, la Masamune est humaine!"

Le destin plus fort que l'homme

Un grand général, du nom de Nobunaga, avait pris la décision d'attaquer l'ennemi, bien que ses troupes fussent largement inférieures en nombre. Lui-même était sûr de vaincre, mais ses hommes, eux, n'y croyaient pas beaucoup. En chemin, Nobunaga s'arrêta devant un sanctuaire Shinto et déclara à ses guerriers : " Je vais me recueillir et demander l'aide des kami. Ensuite, je jetterai une pièce. Si c'est face, nous vaincrons mais si c'est pile nous perdrons. Nous sommes entre les mains du destin."
S'étant recueilli quelques instants, Nobunaga sortit du temple et jeta une pièce. Ce fut face. Le moral des troupes se regonfla à bloc. Les guerriers, fermement convaincus d'être victorieux, combattirent avec une si extraordinaire intrépidité qu'ils gagnèrent rapidement la bataille. Après la victoire, l'aide de camp du général lui dit : " Personne ne peut donc changer le cours du Destin. Cette victoire inespérée en est une nouvelle preuve."
- " Qui sait ?" Répondit Nobunaga en lui montrant une pièce … truquée, qui avait deux côtés face !

Les portes de l'enfer et du paradis

Un samouraï se présenta devant le maître Zen Hakuin et lui demanda :
- " Y a t-il réellement un paradis et un enfer ."
- " Qui es tu ?" demanda le maître
- "Je suis le samouraï …"
- "Toi, un guerrier ! s'exclama Hakuin. Mais regarde-toi. Quel seigneur voudrait t'avoir à son service ? Tu as l'air d'un mendiant."
La colère s'empara du samouraï. Il saisit son sabre et le dégaina. Hakuin poursuivit :
- " Ah bon, tu as même un sabre !? Mais tu es sûrement trop maladroit pour me couper la tête."
Hors de lui, le samouraï leva son sabre, prêt à frapper le maître. A ce moment celui-ci dit :
- " Ici s'ouvrent les portes de l'enfer."
Surpris par la tranquille assurance du moine, le samouraï rengaina et s'inclina.
- " Ici s'ouvrent les portes du paradis. ", lui dit alors le maître.

Trois mouches

Dans une auberge isolée, un samouraï est installé, seul à une table. Malgré trois mouches qui tournent autour de lui, il reste d'un calme surprenant. Trois rônins entrent à leur tour dans l'auberge. Ils remarquent aussitôt avec envie la magnifique paire de sabres que porte l'homme isolé. Sûrs de leur coup, trois contre un, ils s'assoient à une table voisine et mettent tout en œuvre pour provoquer le samouraï. Celui-ci reste imperturbable, comme s'il n'avait même pas remarqué la présence des trois rônins. Loin de se décourager, les rônins se font de plus en plus railleurs. Tout à coup, en trois gestes rapides, le samouraï attrape les trois mouches qui tournaient autour de lui, et ce, avec les baguettes qu'il tenait à la main. Puis calmement, il repose les baguettes, parfaitement indifférent au trouble qu'il venait de provoquer parmi les rônins. En effet, non seulement ceux-ci s'étaient tus, mais pris de panique, ils n'avaient pas tardé à s'enfuir. Ils venaient de comprendre à temps qu'ils s'étaient attaqués à un homme d'une maîtrise redoutable. Plus tard, ils finirent par apprendre, avec effroi, que celui qui les avait si habilement découragés était le fameux Miyamoto Musashi.

Entretien avec O Sensei Morihei Ueshiba et Kisshomaru Ueshiba

L’interview qui suit a été menée par deux journalistes anonymes, et publié en Japonais sous le titre Aïkido par Kisshomaru Ueshiba, Tokyo, Kowado 1957, pages 198-219.

Traduit du Japonais par Stanley Pranin et Katsuaki Terasawa. Traduit de l’anglais par Philippe Chau, Décembre 2002.

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Koans

Un Koan est un bref poème, une énigme, un mystère, sur lequel on médite dans certaines écoles Zen, dans le but de progresser dans la voie.

Le soleil de midi ne fait pas d'ombre
On ne peut comprendre le Zen par l'intellect

Chaud, froid, c'est vous qui l'expérimentez
Pratiquez, expérimentez

La courbe ne peut inclure la ligne droite
La posture est importante

Source profonde, long courant
La compréhension devient plus profonde par Za-Zen ( méditation zen )

La grande sagesse est comme la stupidité
L'éloquence est comme le bégaiement
Il est inutile de se mettre en avant

Une seule main, pas de son
Il faut unir les contraires

Zen et thé, même goût
Calme, concentration.

Le bambou existe au dessus et en dessous de son noeud
Le zen est une voie sans impasse

Le courant rapide n'a pas emporté la lune
Toujours présent, l'ordre cosmique

Jour après jour, c'est un bon jour
L'esprit, toujours content, aujourd'hui.

La couleur des pins n'est ni ancienne ni moderne
La nature ne suit pas de mode

L'homme regarde la fleur, la fleur sourit
Le Zen est au-delà de la raison, de l'objectif et du subjectif

Quand Choko boit du saké, Rioko est saoul
Les êtres et les phénomènes sont interdépendants

Seule la haine fait des choix
Seule la haine sépare

Un silence, un tonnerre
L'alternance

Le mont Oro n'est qu'une montagne
Le lac Shieki n'est que de l'eau
L'endroit célèbre est un endroit normal
Si on s'y rend une fois, on comprend
L'illumination est l'état normal

Extrait de Taisen Deshimaru, La pratique du Zen paru chez Albin Michel

 

" Nous ne devrions pas croire à une chose

uniquement parce qu'elle a été dite,

ni croire aux traditions parce qu'elles

ont été transmises depuis l'Antiquité;

ni croire sur la simple autorité de

nos maîtres ou instructeurs...

Mais, nous pouvons mettre en pratique un écrit,

une doctrine ou une affirmation lorsque la

juste compréhension que nous en avons

et notre expérience intime les confirment.

Soyez à vous-même votre propre flambeau,

votre propre refuge... "

Bouddha

 

"N'acceptez pas mon enseignement par respect pour moi;

examinez et découvrez la vérité"

Bouddha

 

"Notre vie est éphémère,

pareille au reflet de la lune

dans la goutte d'eau

tombant du bec du héron"

Dôgen Zenji

Proverbes Japonais

Baka to hasami wa tsukaiyô

De ciseaux comme d'un sot, [il suffit] de savoir se servir.
Savoir ou ne pas savoir tirer profit de quelque chose.
Le tout est dans la manière.
Avec du savoir-faire il y a toujours moyen de tirer parti de quelque chose.

Baka to sôba ni wa katenu

Bêtise ne se peut vaincre non plus que le cours des actions en bourse.
"Qui bête va à Rome, bête en revient."
baka to bôzti ni wa katenti, on ne peut rien contre un viédase non plus que contre un moine.

Bimbônin no ko-dakusan

Les indigents ne manquent jamais d'enfants.
"A pauvres gens, enfants sont richesse."
"Qui a trop d'enfants ne meurt jamais gras."
(Kyoku Sanjin, Kana btinshô mitstime setsiiyô, 1831-1834)

Atarashii tatami de mo tatakeba gomi ga deru

D'une natte, même neuve, sort de la poussière quand on la bat.
Rien n'est jamais parfait.
Mieux vaut ne pas soulever de poussière, ne pas faire d'histoires.

Chô ni koto naku toki hiji areya

Surtout pas d'histoires dans le quartier et que les moines soient repus matin et soir !
Souhait d'avoir la paix et de ne manquer de rien.
La règle voulait que les moines fassent leur tournée d'aumône et prennent leur repas avant midi, "dans le temps" (toki).
Il leur était théoriquement interdit de manger par la suite, "en dehors du temps" (hiji).
"Une fois rassasiés, Dieu nous donne le sommeil."

Dorobô wo toraete [Imite] nawa wo nau

Attendre d'arrêter le voleur pour tresser son attache.
S'y prendre trop tard. "Rien ne sert de courir, il faut partir à point."
Le pécheur qui joue de la flûte. L'expression est souvent abrégée en : doro nawa.

En wa i na mono, aji na mono

L'amour est chose curieuse autant que savoureuse.
"L'amour est la chose la plus douce et la plus amère."
"Le mariage est une loterie."
"Les mariages sont écrits dans le ciel."
"Trouver une femme, c'est trouver le bonheur, c'est obtenir un faveur de Yahvé."
les liens de l'amour sont choses insaisissables.

Musubi

Les contraires sont des images différentes d’une même réalité. Musubi est le processus de leur unification. C’est le mouvement de la spirale.

Ki musubi : lien entre deux énergies

Mushin

Esprit ou entièrement libéré.

Traduit littéralement, MU ou MUSHIN est un esprit . Cette conception ne nécessite aucune explication pour les japonais, pratiquants ou non de Kendô, qui y reconnaissent naturellement une valeur certaine car ils sont prédisposés à accepter sans aucune résistance la négation de leurs idées, voire de leur propre existence ainsi que le démontre le proverbe "un clou qui sort doit être frappé".

 


Mushin Mugamae - "Non-esprit, non-garde"
(Calligraphie par Maître Tomiki)

Cependant, la notion de MU risque peut-être d'être interprétée comme une nullité intellectuelle dans la société française fortement imprégnée de l'esprit cartésien qui serait caractérisé par une phrase de Descartes, lui-même : "Je pense, donc je suis".

En conséquence une précision s'impose.

Retour MU est un état d'esprit dépourvu de toute pensée, de toute intention et de sentiment; il s'agit d'un état d'esprit dans lequel ni soi-même, ni autrui n'existent, esprit entièrement libéré et qui ne laisse place à aucun préjugé tel que "comment attaquer l'adversaire ?", "comment empêcher son attaque ?","comment vaincre l'adversaire ?", "Comment ne pas se faire vaincre par lui ?", etc., etc. ...

Tout combattant a ou aura une expérience d'une attaque ou contre-attaque réalisée sans aucune conscience; il ne se rappelle même plus un instant après exactement comment et de quelle manière il l'a réalisée. Il s'agit bien là d'un esprit de MU. Mais hélas ! ... ce n'est qu'à des occasions extrêmement rares qu'un moment de MU survient dans l'esprit.

Il s'avère que le MU ainsi défini est l'étape ultime ou plutôt idéale à laquelle l'entraînement du corps et de l'esprit pourrait éventuellement amener le Kendô-Ka après un passage par SUTEMI, JITSU, HÔSHIN ... etc. (revoir 2, 10 et 11 respectivement).

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Mushin, le non mental, se distingue de Ushin, le mental présent. C’est-à-dire le mental qui se fixe sur un point et devient « superficiel ». Mushin, le mental originel, ne connaît pas de fixation, pas d’arrêt. C’est le non mental, qui précisément laisse pénétrer la lumière de toutes choses.

1er principe de Miyamoto Musashi : Éviter toutes pensées perverses

Je me suis d’abord demandé si le traducteur avait bien rendu le sens de ce premier principe de Musashi. Que veut dire, au juste, «pensées perverses» ?

J’ai trouvé dans le traité les passages suivants qui me paraissent en éclairer le sens :

  • "Les samouraïs doivent [...] n’avoir plus aucun point obscur sur la Voie qu’ils doivent pratiquer, n’avoir plus aucun égarement d’esprit, [...] et ainsi n’avoir aucune ombre. Alors, les nuages de l’égarement se dissiperont, c’est là le vrai ‘’."
  • "Conservez un esprit vaste, droit, sans trop de tension ni aucun relâchement, évitez qu’il soit unilatéral, maintenez-le au juste milieu. [...] Même au plus fort de la mêlée d’une bataille, il faut rechercher les vérités de la tactique et bien réfléchir afin d’atteindre l’esprit immobile."
  • "Le coup ‘sans pensée, sans aspect’ [...] en partant du . On rencontre très souvent ce coup. Il faut donc bien l’apprendre et s’y exercer."
  • "[...] on doit posséder un esprit droit et il est important de conserver un esprit dégagé de tout sentiment de faiblesse vis-à-vis de soi-même."

De toute énce, les "pensées perverses" dont parle Musashi sont l’effet de ce que l’on appelle dans la pensée traditionnelle le mental. Ce mot a la même racine que "menteur". Il s’agit en fait des pensées, des émotions, des interprétations, des représentations... de tout ce qui déforme la réalité.

Ce que suggère le mental – étant l’effet de nos projections – représente toujours une vision déformée de la réalité, de ce qui est. Les traducteurs du traité, M. et M. Shibata, font du reste le commentaire suivant : "Le est comparable au firmament purifié de tous les nuages de l’égarement." Le mot "" revient souvent dans la pensée traditionnelle. Parvenir au "" revient à apaiser, à dominer le mental : le bavardage intérieur alimenté par les pensées, les émotions. L’objet premier de la méditation est précisément de réduire le fonctionnement du mental, voire de le supprimer. Mais on peut aussi parvenir à calmer le mental dans l’action. On y parvient par la concentration de l’attention.

Dans la méditation, la concentration de l’attention, par exemple sur la respiration ou la répétition d’un son (mantra), etc., vise précisément à suspendre le mental. À une étape de l’entraînement dans la pratique bouddhique de Vipassana, l’objet de la concentration devient le fonctionnement même du mental : voir les pensées, les émotions, les interprétations, les représentations... Autrement dit, voir les "nuages de l’égarement" apparaître, disparaître... Cette pratique permet à la longue de dominer le mental et d’atteindre le qui est comme le "firmament purifié". Or, cette vigilance doit s’exercer non seulement dans la pratique de la méditation proprement dite mais aussi dans l’action, qui devient ainsi une forme de méditation. La vigilance dans l’action s’exerce par la concentration de l’attention au geste, au mouvement, au corps – ici et maintenant.

Atteindre le , c’est guérir l’esprit en se libérant en particulier de ce que l’on appelle parfois la paranoïa sensitive : le "délire" entretenu par la peur d’être rejeté, par le doute et, en général, par les émotions et les représentations négatives... Ce travail sur soi est d’autant plus important que le mental demeure, à mon avis, le plus important facteur de stress.

Telle est la première tâche du guerrier dans l’action : atteindre le mental, devenir transparent à lui-même. Autrement dit, parvenir à la conscience d’être, à ce qui, à l’arrière-plan, dit : "Je suis".

On trouve dans la tradition bouddhique zen de nombreux textes incontournables, si vous me permettez l’expression, auxquels j’aurais pu recourir pour commenter ce premier principe de Musashi. Mais j’ai préféré faire appel à la réflexion d’un Occidental qui a le mérite à mes yeux d’avoir découvert par lui-même certaines données de base dans la pensée traditionnelle, à l’occasion d’une recherche personnelle sur les conditions mentales les plus favorables à la pratique d’une discipline sportive : le tennis. Ce qui me permet aussi de rattacher la pratique sportive à la tradition des arts martiaux, à la condition que l’on pratique les sports dans le même esprit que les arts martiaux.

Depuis quelques années, on trouve dans la plupart des programmes d’entraînement des sportifs de compétition la même préoccupation d’atteindre le . Timothy Gallwey, ancien champion de tennis, parle de cette démarche dans la pratique des sports comme de la découverte du jeu intérieur : "Le joueur découvre le jeu intérieur quand il comprend que l’adversaire le plus difficile à vaincre n’est pas en face de lui sur le court mais bien dans sa tête. Il constate alors que les réactions de son esprit créent beaucoup plus de difficultés que la vitesse ou la direction des balles. Ses pensées rendent les coups plus difficiles qu’ils ne le sont en réalité. De plus, le joueur saisit que les obstacles mentaux qui l’empêchent de bien jouer l’empêchent aussi de bien vivre."

L’esprit (en anglais, mind) dont parle ici Gallwey est précisément le mental : les "nuages de l’égarement". Gallwey, lui, en parle comme des "obstacles mentaux"... Ce sont la peur, le manque de confiance en soi, le blâme, le manque de concentration, l’application excessive, le manque de volonté de gagner, le perfectionnisme, la timidité, la frustration, la colère, l’ennui, les attentes et enfin, une formule qui les résume tous, un esprit sans repos... autrement dit, un mental agité.

Le jeu intérieur est donc pour Gallwey "ce qui se passe dans la tête", le dialogue intérieur entre deux aspects du psychisme. Ces deux niveaux, il les appelle respectivement le moi no 1 et le moi no 2. "Le ton de voix du moi no 1 et les qualificatifs qu’il emploie quand il s’adresse au moi no 2 indiquent nettement qu’ils ne se font pas confiance. Leur méfiance atteint souvent un tel niveau que le moi no 1 répète continuellement les mêmes directives : ‘Baisse le bras... baisse le bras... baisse le bras...’ Il semble persuadé que le moi no 2 ne peut se souvenir de rien." Plus loin il ajoute : "Plus le moi no 1 se méfie du moi no 2, plus il se fait du souci, plus il se sent obligé de donner des directives au corps et plus il doit ‘essayer’ de provoquer un mouvement correct. Plus le moi no 1 s’applique, plus le corps se contracte et plus il joue mal. Il en résulte un découragement et une frustration qui rendent le jeu désagréable. Ainsi, il devient impossible de réaliser son potentiel." Il s’agit donc, comme le suggère Gallwey, de "mettre une muselière au moi no 1." De dominer le mental. "Sans l’intervention (du moi no 1) le moi no 2 manifeste un talent qui dépasse nos attentes et que nous avons souvent peur de reconnaître comme étant nôtre."

Dans les sports, on appelle cette approche identifiée depuis peu : "jouer en dehors de sa tête". Cette formule n’est pas sans évoquer le titre d’un ouvrage de Douglas E. Harding, Vivre sans tête, qui traite aussi du mental.

Cette pratique, qui est millénaire, revient à faire taire l’esprit critique et à s’en remettre au corps, à le "laisser faire". On parvient alors, comme l’ont soutenu depuis toujours les maîtres des arts martiaux et, depuis peu, un nombre de plus en plus grand d’entraîneurs dans les sports de compétition, à maintenir l’attitude juste qui favorise la spontanéité. S’en remettre au corps revient, en définitive, à s’en remettre au ça, c’est-à-dire à l’intelligence instinctive (ce dont je parle plus loin dans le commentaire du principe sept).

Pour se familiariser avec ce concept du mental, il faut savoir qu’il se produit de lui-même dans toutes les conditions particulièrement exigeantes, dans les moments forts, par exem-ple pendant une descente à skis ou encore... un saut en parachute! Il est ént que lorsque l’on est entièrement entraîné dans une action physique exigeante, le mental se trouve suspendu. C’est de là que naît sans doute le sentiment d’exaltation que procurent de telles expériences, la conscience se définissant alors dans l’instant présent, ici et maintenant. Comme le rappelle Gallwey : "La plupart des joueurs qui écoutent ce qui se passe dans leur tête entendent un dialogue intérieur qui s’interrompt seulement durant leurs rares périodes de concentration intense. Le reste du temps, ce dialogue se poursuit inlassablement." L’entraînement consiste donc à se familiariser avec le fonctionnement du mental afin d’étendre cette interruption à l’ensemble de la performance et, éventuellement, de l’étendre sur le chemin de la sagesse, à toutes les situations de la vie.

L’entraînement que suggère Musashi concerne toutes les disciplines et trouve à s’appliquer à toutes les situations de la vie. C’est ainsi que Daisetz Teitaro Suzuki (Essais sur le Bouddhisme Zen - éd. Albin Michel)., qui a été par ses nombreux livres, ses conférences, etc., l’initiateur en Occident du bouddhisme zen, écrit à propos de l’art du tir à l’arc, une des disciplines des arts martiaux :

"Dès que nous réfléchissons, délibérons, conceptualisons, l’inconscience originelle (sic) [Je pense que Suzuki parle ici de l’inconscient. Une imprécision du traducteur, je suppose...] se perd et une pensée s’interpose. La flèche a quitté la corde, mais elle ne vole pas directement vers la cible, et la cible n’est plus où elle est. Le calcul, qui est un faux calcul, s’en mêle. Tout le tir à l’arc en est faussé. L’homme est bien un roseau pensant mais ses plus grandes œuvres se font quand il ne pense ni ne calcule. Il nous faut redevenir ‘comme des enfants’ par de longues années d’entraînement à l’art de l’oubli de soi."

le yoga de la communication

Il s’agissait jusqu’ici de conditions où le corps se trouve engagé dans l’action. Il est plus difficile d’atteindre le mental lorsque c’est l’esprit même qui se voit engagé. Mais je puis témoigner qu’il est aussi possible, lorsque l’esprit est engagé dans l’action, de faire taire le moi no 1 – pour reprendre l’expression du jeu intérieur de Gallwey. Cette maîtrise, que j’exerce inégalement je dois le reconnaître, a fait chez moi l’objet d’un entraînement soutenu durant de nombreuses années. Il m’arrive d’ailleurs assez souvent aujourd’hui, que ce soit pendant une conférence que je prononce ou une émission de radio que j’anime, de faire taire le moi no 1. J’ai du reste observé le même phénomène chez les comédiens, les chanteurs et, en général les gens de spectacle chez qui se produit parfois ce que l’on appelle dans le métier un état de grâce. Le résultat est bien meilleur.

L’état dans lequel je me trouve alors est l’effet de la production d’ondes alpha par le cerveau. J’éprouve dans ces conditions un certain enthousiasme qui favorise, par ailleurs, une meilleure participation du public.

L’enthousiasme (État où l’homme, soulevé par une force qui le dépasse, se sent capable de créer. Le Petit Robert.) n’est sans doute pas aussi grand que celui ressenti dans les conditions où c’est le corps qui se trouve engagé dans l’action, mais il n’en est pas moins bien réel... La différence entre les deux types d’expérience paraît tenir à ce que, dans le cas où c’est le corps qui se trouve engagé, l’expérience prend appui sur l’instinct; et que, dans le cas où c’est l’esprit, l’expérience se traduit plutôt comme un accès direct à l’intuition... J’ai cependant observé que l’attitude juste au plan psychique dépend aussi en partie de la posture du corps. Lorsque l’on prend la parole en public, il est approprié de s’asseoir, par exemple, sur le bord de son fauteuil, les pieds bien à plat sur le sol, le dos droit; ou encore, si on parle debout, il est avantageux d’avoir les pieds légèrement écartés, le bassin vers l’avant (ce qui facilite la respiration abdominale)... En fait, quelle que soit la position, assise ou debout, il s’agit d’être centré, de trouver un équilibre physique, une certaine stabilité. Curieusement, on parvient éventuellement à se centrer dans n’importe quelle position ou presque. Les animaux ne sont-ils pas toujours bien centrés... sans penser? Et les enfants de même? Deux règles à ne pas oublier : lorsque la position le permet, maintenir le dos droit, plus précisément au niveau de la cinquième vertèbre lombaire, comme si on montait à cheval, la partie supérieure du dos ayant peu d’importance; et adopter le plus possible la respiration abdominale. Ces deux règles sont fondamentales dans la méditation. Il s’agit de les appliquer aussi, le plus possible, dans l’action. L’attitude juste au plan physique entraîne toujours l’attitude juste au plan psychique.

Dans le cas d’une performance intellectuelle, je dirais que le mental (le moi no 1 de Gallwey) apparaît comme un bruit au sens où on l’entend dans les théories de la communication : "[...] tout phénomène se produisant à l’occasion d’une communication, qui n’appartient pas au message intentionnel émis"; ou encore "une perturbation [...] ayant souvent un caractère erratique, accidentel"

Lorsque le mental se trouve suspendu, le "message intentionnel émis" ne faisant l’objet d’aucun brouillage, la transmission est claire. C’est ainsi que j’en suis venu à considérer la communication orale telle que j’ai l’occasion de la pratiquer, comme une forme de yoga.

les pensées, oui... mais les émotions

À propos du mental, il a surtout été question jusqu’ici des pensées. Mais le mental comprend aussi les émotions; de même que les interprétations, les représentations, etc., qui sont l’effet de l’interaction des pensées et des émotions. L’entraînement du guerrier exige donc qu’il intervienne aussi dans la dimension émotionnelle du fonctionnement mental. Mais que l’on ne se méprenne pas sur le sens de ce travail. Il ne s’agit pas ici de refouler les émotions mais de les prévenir ou de les assumer en pleine conscience.

On trouve dans la tradition des samouraïs une anecdote qui illustre bien l’importance du travail sur soi au niveau des émotions. Un samouraï se vit un jour confier la tâche de venger le meurtre de son Shogun. Étant parvenu à trouver l’assassin, le guerrier dégaine son sabre et s’avance lentement vers son adversaire pour en finir. C’est alors que l’autre, dans un geste de rage et de désespoir, crache à la face du guerrier! Sur le coup, le guerrier hésite un moment, recule d’un pas... puis, curieusement, rengaine son sabre et s’éloigne! L’autre, encore sous le choc, lui demande alors pourquoi il renonce à le tuer au moment où il n’a plus qu’à lever son sabre pour lui trancher la gorge. Et le guerrier de répondre que le crachat l’avait mis en colère et que s’il l’avait tué sous le coup de la colère, c’eût été un acte personnel commandé par une émotion et non par l’acte impersonnel de vengeance qu’il était venu accomplir.

Son geste, autrement dit, ne pouvait être accompli qu’en état de mental : "sans pensée, sans émotion..."

J’ai trouvé dans un curieux ouvrage informatif et humoristique, un passage décrivant de façon originale le fonctionnement du mental, sous le titre : "Opacité : le pari".

"De façon générale, le crâne humain se distingue particulièrement bien du hardware informatique par son OPACITÉ. L’homme a cette caractéristique fondamentale qu’il peut mentir (ou plus simplement : refuser de parler) : les données, de toute nature, résidant sous son cuir chevelu restent envers et contre tout son jardin secret.

"Jardin secret" : délicieuse expression, forgée par un anonyme qui avait tout compris :

– secret (pas besoin de faire un dessin);

– jardin (c’est un espace mental, où l’on fait ce qu’on veut, et pas seulement conserver des données : je me souviens, je me raconte mes souvenirs, et même des souvenirs à valeur ajoutée (les faits plus quelque chose), je m’invente des choses qui pourraient avoir lieu, qui pourraient avoir eu lieu, qui ne pourraient pas avoir lieu mais qu’il est tellement jouissif de m’imaginer quand même, que sais-je encore).

"C’est le véritable trou noir des conceptions, représentations, débats et monologues en tous genres qui germent à plein temps sous la calotte et qui – la plupart du temps pour notre plus grand bien – y restent."

Je retiens, pour décrire le fonctionnement du mental, l’excellente formule : "valeur ajoutée (les faits plus quelque chose)"...

"Sur le chemin le plus long on avance pas à pas. Réfléchissez-y sans vous hâter. Prenez la pratique de ces règles pour fonction de samouraï. [...]

"Forgez-vous par l’étude de mille jours et polissez-vous par l’étude de dix mille jours. Il faut bien y réfléchir."

Extract from radio-canada.ca

Misogi

Le shinto, ou « Voie des dieux », est la religion officielle de l’Etat japonais. Très ancienne, on en retrouve les premières traces dans deux écrits très important de la mythologie shinto : le Kojiki (Chronique des choses anciennes) et le Nihon Shoki (Chronique du Japon). Il s’agit d’une religion animiste, basée sur le caractère divin de la Nature et de l’Univers, et ses manifestations sous formes de Kami, les dieux de la cosmogonie shinto. La mythologie shinto décrit l’histoire du Japon à partir d’un âge situé il y a environ quinze mille ans, appelé Kannagara. A cette époque, les hommes étaient conscients de leur nature si proche de celle des dieux ; ils ignoraient les principaux vices comme l’égoïsme, la jalousie…, et vivaient en étroite communication avec les dieux. L’une de ses différences avec les religions occidentales est le fait que le concept de divinité n’est pas vu sous un aspect anthropomorphique et omnipotent. L’Univers entier forme une unité dans laquelle règnent l’harmonie et la justice des lois de la Nature. Assez complexe, elle est à la source des nombreux rites que l’on pratique encore aujourd’hui au Japon.

Maître Ueshiba a été fortement influencé par l’esprit de cette religion, et l’on pouvait trouver de nombreuses allusions mythologiques dans les discours qu’il tenait pendant ses cours et ses conférences. Les deux pratiques les plus importantes qu’il a tenu à transmettre et qu’il considérait comme primordiales pour une pratique correcte de l’aïkido étaient la purification ou Misogi, qu’il a hérité notamment de Bonji Kawatsura (1862-1929), ainsi que l’étude du Kototama, apprise avec Onisaburo Deguchi.

Le Misogi

Le Misogi est une pratique très présente chez les shintoïstes. Elle consiste en une purification à la fois physique et spirituelle de tout son être, afin d’affiner les perceptions et de se rapprocher ainsi des dieux. Le Misogi se pratique de deux façons :  - il consiste en une ablution pour purifier le corps ;  - il s’agit de méditations afin de retrouver son essence divine.

Le Misogi externe

Normalement, il se pratique sous une cascade sacrée, considérée comme l’habitat d’une divinité particulière, mais en aïkido, on rencontre souvent cette pratique au début du cours, en guise d’échauffement.  Pour vous donner une idée de cette pratique, voici une description générale de la forme qu’elle peut prendre.

Avant le misogi

Le corps et l’esprit doivent être prêts pour la pratique. Pour cela, il est recommandé de ne pas manger de viande, ni boire d’alcool. Les capacités sensorielles ne doivent donc pas être inhibées.

  Préparation

Il faut se purifier avant d’entrer, car la chute d’eau est considérée comme une divinité, un Kami. Puis, on revêt des habillements traditionnels, spécifiques à la cérémonie.

Avant d’entrer, il faut saluer deux fois, taper deux fois dans ses mains, et saluer encore une fois. Après cela commencent les exercices d’« échauffement ».

Furitama

  1. Les pratiquants se tiennent debout, les pieds distants de la largeur des épaules. 
  2. Ils joignent mains, la droite par-dessus la gauche. Dans le creux formé entre les mains, ils essayent alors de visualiser une boule d’énergie qui grossira au cours de l’exercice. 
  3. Ils placent ensuite les mains toujours jointes au niveau du Hara (un peu au-dessous du nombril), et les secouent vigoureusement, de manière à ce que le corps entier se mette à vibrer. 
  4. Pendant que l’on secoue les mains, il faut répéter les mots : « Harae-do-no-Okami. », afin d’invoquer la divinité habitant la cascade.

Torifune

  1. Les pratiquants se mettent en garde à gauche et s’orientent sur leur gauche. 
  2. Ils serrent les deux poings et tendent les bras en avant. 
  3. A partir de cette position, ils entament un mouvement de va-et-vient avec les bras en ramenant les poings au niveau de vos hanches, comme s’ils étaient en train de ramer. Chaque mouvement est accompagné du son « Yie ». 
  4. Le mouvement doit être exécuté 20 fois. 
  5. Ils recommencent ensuite le Furitama. 
  6. Les participants prennent maintenant la garde à droite et s’orientent à droite, et recommencent l’exercice 20 fois ; mais en tendant les bras, ils prononcent le son « Ei » et en les ramenant, ils prononcent le son « Ho ». 
  7. Ils refont encore le Furitama, en garde à gauche, 20 fois. 
  8. Enfin, ils se baissent les mains ouvertes en criant « Yie », comme s’ils ramassaient du sable sur le sol, et il projette ce sable dans les airs en disant « Se », au-dessus de leur tête (les doigts tendus). 
  9. Ils répètent une dernière fois le Furitama.

Otakebi

  1. Debout, les participants placent leurs mains sur leurs hanches. 
  2. En même temps que celui qui dirige le rituel, ils crient les invocations : « Ikutama ! Tarutama ! Tama-tamaru-tama ! » 
  3. Répétez de même trois fois de suite : « Okami ! Okami ! kunitsu-Okami ! Sarutahiko Okami Totoshi-ya ! ». Cette phrase est censée élargir l’esprit des pratiquants, leur faire retrouver leur dimension originelle.

Okorobi

  1. En position debout, les pratiquants placent la main gauche sur la hanche et lèvent la droite, comme pour saluer quelqu’un, avec deux doigts tendus et les autres repliés. 
  2. Ils exécutent un mouvement de coupe avec la main droite et avancent le pied gauche chaque fois qu’ils invoquent les dieux suivants en disant:  « Kunitoko-tachi-no-Mikoto ! » « Yie !»   « Sarutahiko-no-Okami ! » « Yie ! »   « kokuryu-no-Okami ! » « Yie !»

Après chaque invocation, qui demande aux dieux cités de leur donner de la force, ils se ramènent en position de départ et recommencent.

Ibuki

  1. Les participants se tiennent debout, les pieds distants de la largeur des épaules. 
  2. Ils baissent mains au niveau de leurs genoux. 
  3. Ils inspirent en étendant leurs bras au-dessus de leur tête. 
  4. Ils expirent ensuite en les rebaissant. 
  5. Ce mouvement est répété cinq fois. 
  6. Ils se tournent alors vers la chute d’eau, saluent deux fois, tapent des mains une fois puis tendent leurs paumes de mains vers le haut, en direction de la cascade.

Les exercices de préparation sont maintenant terminés, la partie la plus importante commence ici.

Nyusui (entrée sous la cascade)

  1. Juste avant d’entrer dans l’eau, le dirigeant saupoudre un pratiquant de sel. 
  2. Ce dernier prend alors une louche de saké et de sel dans sa bouche, puis la recrache dans l’eau, trois fois de suite. 
  3. Le dirigeant se met à citer « Rin-Pyo-To-Sha-Kai-Zin-Retsu-Zai-Zen ». 
  4. Il tranche ensuite l’air symboliquement dans un geste de coupe, en criant « Yei ! ». Ce geste correspond à la destruction des impuretés qui émanent du pratiquant en train de se purifier. 
  5. Le participant entre ensuite dans l’eau et s’asperge le visage, le torse et les côtes. 
  6. Il frappe dans ses mains deux fois puis salue une fois. 
  7. Il entame ensuite une variante de l’exercice « Okorobi » : cette fois, il faut couper l’air de la droite vers la gauche. 
  8. Le pratiquant se place sous la cascade, l’épaule droite d’abord. 
  9. Il se retourne pour faire face au dirigeant, qui lui prend les mains, les majeurs joints. 
  10. Le pratiquant crie alors : « Harae-tamae-Kiyome-tamae-ro-kon-sho-jo ! ». Cette invocation correspond à une demande de purification. Il continue jusqu’à ce que le dirigeant lui fasse signe d’arrêter et de sortir de l’eau en criant « Yiei ! ».

Le rituel de purification s’achève alors.

Le Misogi interne

Pour le Fondateur, qui avait été largement influencé par Onisaburo Deguchi, le misogi interne correspondait à la pratique de la méditation Chikon-Kishin.   Chikon signifie « rasseoir son esprit et se reprendre ».  Kishin a le sens de « retrouver l’esprit divin ».

Vers la fin de sa vie, Morihei avait pris l’habitude de méditer une heure tous les matins et tous les soirs. Il encourageait ses élèves à cette pratique hautement purificatrice, pour qu’ils s’imprègnent spirituellement de l’essence de l’aïkido:

« Vous avez besoin du Chikon-kishin pour être pénétré de la lumière de la sagesse. Asseyez-vous confortablement et contemplez en tout premier lieu le royaume visible de l’existence. Ce monde est concerné par la forme extérieure et physique des choses.   Emplissez votre corps de Ki et imprégnez-vous de l’organisation fonctionnelle de l’univers, sa forme, sa couleur et ses vibrations. Inspirez et envolez-vous jusqu’aux confins de l’univers ; expirez et laissez-vous pénétrer par le cosmos. Puis, inspirez toute la fécondité et les vibrations de la terre pour mélanger le souffle du ciel et le souffle de la terre au vôtre, devenant le souffle même de la vie. En reprenant votre calme, laissez-vous naturellement conduire dans le royaume caché sans forme, revenant au cœur des choses. Trouvez votre centre, le kototama SU, la source de l’univers. Emplissez-vous de lumière et de chaleur. Ainsi, vous garderez toujours votre esprit aussi brillant et clair que le vaste ciel, l’immense océan et les sommets les plus hauts, et libre. »

Le Misogi interne consiste en une respiration profonde. Sa pratique amenait à un repos de l’esprit, c’est-à-dire à un arrêt des activités mentales inutiles, ainsi qu’à une « purification des six sens » (vue, ouïe, odorat, goût, toucher et esprit), qui permet d’éclaircir la perception des choses et de l’univers.  Cette pratique conduit alors à un état d’esprit spécial, le Kansha, qui est un sentiment de profond respect pour la Nature et la vie. On se rend compte du caractère sacré de tout ce qui nous entoure, et du continuel renouvellement de l’univers. « Si vous comprenez les principes de l’aïkido, vous serez également heureux d’être vivants et vous accueillerez chaque nouveau jour dans la joie et le bonheur », disait Maître Ueshiba.

Pour le Fondateur, l’aïkido est de toutes façons une pratique purificatrice par essence, qui « nettoie » aussi bien le corps que l’âme. Il illustrait ce principe dans ces pratiques du Misogi-no-jo (mouvements pratiqués avec le Jo) ou du Misogi-no-ken (avec la sabre), ou même avec un éventail.

Le Kototama

Le kototama est un principe important de la pensée shintoïste.  Il n’est pas très facile à saisir, mais je vais essayer de vous en faire une présentation la plus claire possible, car il peut se révéler extrêmement intéressant dans l’étude des techniques d’aïkido.   C’est un concept qui, comme celui de Ki, ne possède aucune traduction littérale dans les autres langues.  En clair, le kototama est la source de toute vie et de toute création. Selon ce principe, l’univers est en réalité composé de vibrations, d’émissions d’énergie, qui se manifestent sous forme de matière, de pensée, de mouvements…  C’est ce type de vibrations qui est appelé kototama, c’est-à-dire « âmes-mots ».  On peut remarquer au passage que cette doctrine se rapproche un peu de la « théorie des cordes » de la physique actuelle.   Selon cette pensée, la naissance de l’univers a donc été décrite d’après l’émergence de divers kototama.  Dans ce système, il existe cinq sons principaux, qui sont les voyelles : A, E, I, O, U (SU).

Le son U

Le kototama U correspond au infini, c’est-à-dire ce qu’il y avait avant la création de l’univers. De ce fait, lorsque le se manifeste, il s’agit de la vibration U qui est émise.  C’est une dimension qui n’est pas intellectuellement imaginable. En fait, lorsqu’on considère l’univers et que l’on enlève tout ce qu’il contient, alors il reste une espèce de « toile de fond », support de l’univers. C’est cette dimension qui correspond au son U.

Le son SU

L’univers était donc précédé du infini, le son U, qui précède toute création.  De ce absolu a pourtant jailli l’univers : il s’agit alors de la manifestation du son SU.  SU est le pouvoir créateur ; sans lui, le aurait stagné sans changer pendant toute l’éternité. C’est donc l’amorce qui a déclenché le mécanisme de création.

Le son I

Le kototama I agit en étroite relation avec le kototama SU.  SU est le pouvoir créateur, mais I insuffle la vie à la matière créée par SU ; c’est le pouvoir moteur de la vie.

Le son A

Le kototama A correspond à l’expansion de l’univers.  Il est également à la source de la conscience que chaque être possède en lui. C’est le lien qui nous relie avec notre origine, et qui nous permet de comprendre que chaque être s’inscrit dans la continuité de cette expansion de l’univers.  En bref, toutes nos croyances religieuses et métaphysiques sont stimulées par le son A.

Le son E

Le kototama E correspond à notre intelligence, c’est-à-dire notre façon de percevoir l’univers dans lequel nous vivons. De ce fait, notre capacité de discrimination, c’est-à-dire de distinguer les différents phénomènes que l’on voit autour de soi, est la manifestation du son E.

Le son O

Le dernier des six principaux sons, le kototama O, se manifeste par la cohésion et l’organisation des éléments constitutifs de l’univers. Les liaisons moléculaires, pour donner un exemple, sont dues à l’émission du kototama O.

En résumé

  1. La vibration U est émise : la « toile de fond » de l’univers apparaît.  
  2. La vibration SU déclenche l’apparition des éléments constitutifs de l’univers.  
  3. La vibration I insuffle la vie dans la matière.  
  4. La vibration A donne à chaque être créé la conscience de soi.  
  5. La vibration E lui donne également l’intelligence et la perception.  
  6. La vibration O permet la cohésion et la distribution de l’énergie dans les éléments constitutifs de l’univers.

 Voilà ; je crois que la compréhension de ce système n’est pas vraiment aisée. Malgré tout, elle peut être très intéressante dans la pratique de l’aïkido.

En effet, à chaque mouvement, on peut associer un kototama, et ainsi comprendre le sens profond des moindres gestes que l’on effectue lors d’une technique d’aïkido.

Interprétation

D’une façon générale, la relation entre kototama et aïkido s’explique de la manière suivante (vous noterez la fidèle correspondance avec la création de l’univers).

  1. Tous les mouvements commencent dans le Hara, le centre du corps et centre de l’univers (kototama U et SU, état originel et déclenchement). 
  2. Le Ki s’anime alors à partir du centre, il se met en action (kototama I, souffle de la vie). 
  3. La technique commence par l’expansion d’énergie à partir de ce point (kototama A, expansion infinie). 
  4. Cette extension engendre alors un mouvement spécifique des membres, qui donnera forme à la technique (kototama E, discernement). 
  5. Au cours de la technique, l’attaquant et l’adversaire unissent alors leur mouvement (kototama O, cohésion), ce qui est un principe essentiel de l’aïkido.

Voilà donc la relation que l’on peut mettre en place avec uniquement les six kototama principaux. En réalité, il en existe beaucoup plus.

Leur étude est assez complexe, mais on pourrait retrouver en chacun d’eux un lien étroit avec certains mouvements d’aïkido, car le Fondateur disait lui-même que « l’aïkido a été créé selon les principes du kototama ».

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La technique de méditation en marchant

La technique de méditation en marchant que je vous propose est relativement simple et d'une grande efficacité. Elle repose sur la différence entre

  • voir (l'ensemble)
  • et regarder (un point en particulier).

Elle consiste simplement à voir plutôt qu'à regarder. Mais il s'agit en fait d'exercer un contrôle non pas sur la vue – qui assure toujours à la fois les deux fonctions : voir et regarder – mais sur l'attention.

Cette technique consiste à élargir l'attention à l'ensemble de ce qui est perçu, donc à ce qui est vu plutôt que de la restreindre à ce qui est regardé. Autrement dit, pour employer un langage plus technique, il s'agit de dissocier l'attention de la vision restreinte assurée par la fovea centralis (et, relativement, par la macula oblongata) pour l'investir dans le champ visuel élargi, en fonction de la vision périphérique.

Je connais, pour l'avoir pratiquée, la technique inspirée du Vipassana (technique bouddhique de méditation) qui consiste, pendant la marche ralentie, à être attentif au moindre mouvement du corps. Mais j'étais à la recherche d'une technique qui permettrait, pendant la marche normale, d'apaiser le fonctionnement du mental, de favoriser la conscience du corps de même que la présence à soi.

Ce qu'il faut savoir sur la vue

Pour l'exposé qui suit, je m'inspire des notes de cours que j'ai donnés pendant plusieurs années en communication à l'Université McGill, dont certains portaient sur la perception sensorielle.

La vision se définit à trois niveaux:

La fovea: zone restreinte où la vision est la plus nette, mais de 3º à 4º seulement, qui permet de focaliser.

La macula: zone où la vision est moins nette que celle de la fovea, mais de 12º à 15º en largeur et de 15º à 18º en hauteur, et de forme ovoïde.

La vision périphérique: zone où la vision est encore moins nette, mais dont le champ est d'environ 160º à 180º.

La perception au niveau de la fovea et de la macula est assurée par les cônes qui permettent de percevoir la forme et les couleurs; alors que la perception au niveau de la vision périphérique est assurée par les bâtonnets qui permettent de percevoir le mouvement. Ce dernier point est important dans la mesure où la perception du mouvement n'est pas que visuelle mais aussi de nature spatiale, donc associée à l'expérience tactile. La vision périphérique contribue donc aussi à se percevoir dans l'environnement.

Les différents niveaux de perception visuelle font l'objet d'un collage par le cerveau, ce qui donne l'impression d'une expé-rience unifiée.

Comme on le voit, il s'agit d’une question complexe. Je ne vais retenir pour la suite de cet exposé que les informations démontrant la différence entre la perception visuelle assurée par la fovea (et la macula) – regarder – et celle qui est assurée par la vision périphérique – voir.

Afin de bien saisir cette différence, il est capital d'en faire soi-même l'expérience. Je vous suggère donc de constater

a) que la vision focalisée, assurée surtout par la fovea, est restreinte : il suffit de regarder un objet, qu'il soit proche ou éloigné, pour constater qu'on n'en perçoit avec netteté qu'une toute petite partie;

b) et qu'il est possible de prendre conscience de la vision périphérique en élargissant le champ de l'attention des deux côtés à la fois sans bouger les yeux.

Telle est, en somme, la différence entre regarder – vision restreinte et voir – vision élargie.

Et telle est, par ailleurs, la différence au niveau de l'expérience visuelle entre l'attention active – regarder; et l'attention passive – voir.

Regarder est donc associé à l'attention active; voir, à l'attention passive.

Deux expressions, en langue anglaise, rendent particulièrement bien la différence entre l'attention active: "to be conscious of", et l'attention passive: "to be aware of".

Je viens d'en faire encore une fois l'expérience. J'ai d'abord levé les yeux pour regarder une fleur qui se trouve dans un vase sur ma table de travail; puis, sans cesser de regarder cette fleur, j'ai élargi le champ de mon attention en fonction de la vision périphérique, de façon à voir d'un côté la porte et de l'autre la fenêtre, devenant ainsi conscient – mais au sens anglais de "aware" – de la totalité du champ visuel.

Méditer en marchant consiste précisément à élargir le champ de l'attention en fonction de la vision périphérique : donc, à voir plutôt qu'à regarder, passant ainsi de l'attention active à l'attention passive.

Or, chaque fois que j'élargis ainsi le champ de l'attention, passant de l'attention active à l'attention passive, je constate :

que l'environnement ne me paraît plus être à l'extérieur de moi, mais que je me perçois, au contraire, à l'intérieur – augmentant ainsi mon sentiment de participation;

qu’il m'est plus facile, lorsque mon attention correspond à la vision périphérique, de prendre conscience de mon corps, de ma présence ici et maintenant, et d'être conscient de moi-même, conscient d'être;

enfin, qu'il m'est plus facile, aussi, d'apaiser le fonctionnement du mental : dans la mesure où l'attention passive est soutenue, "ça" cesse de parler dans ma tête...

Élargir le champ de l'attention en fonction de la vision périphérique représente donc, à toutes fins utiles, une technique de méditation.

Lorsque l'expérience visuelle s'apparente à l'expérience audio-tactile

Passer de l'attention active, correspondant à la vision de la fovea, à l'attention passive, correspondant à la vision périphérique, entraîne une modification au niveau même de la perception sensorielle : l'expérience que l'on fait de l'environnement et de sa relation à l'environnement n'est plus à proprement parler de nature visuelle, bien qu'elle soit déterminée par la vue, mais, relativement, de nature audio-tactile.

Je m'explique :

Lorsque je regarde, je me perçois à l'extérieur de ce que je regarde – depuis un point de vue; mais, au contraire, lorsque je vois, je me perçois à l'intérieur de ce que je vois.

Regarder particularise, détache l'observateur de l'objet observé; voir généralise, globalise, rattache l'observateur à l'environnement.

Voir est, par rapport à regarder, comme entendre, par rapport à écouter.

Je suis à l'intérieur de ce que j'entends. Je participe de ce que j'entends. De même, je suis à l'intérieur de ce que je vois. Je participe de ce que je vois.

Or, dans la mesure où, dans l'expérience de voir, l'oeil n'est plus actif mais devient passif, où l'attention elle-même n'est plus active mais passive, où l'observateur ne se perçoit plus à l'extérieur mais à l'intérieur de l'environnement, l'expérience visuelle s'apparente alors à l'expérience audio-tactile. Et c'est pourquoi d'ailleurs il suffit de passer de l'attention active à l'attention passive pour qu'il soit relativement facile de prendre conscience de son corps dans l'environnement, de sa présence ici et maintenant – de devenir conscient d'être.

Pour plus de précisions sur la différence entre l'univers du visuel et celui de l'audio-tactile, voir: le toucher

Une expérience de biofeedback

Il y a quelques années, un ami neurologue m'a invité à faire une expérience de biofeedback dans son laboratoire.

Cette expérience m'a permis de constater que, lorsqu'on passe de l'attention active (regarder) à l'attention passive (voir), les ondes émises par le cerveau vont du tracé bêta, associé à l'état d'éveil et à la conscience ordinaire, au tracé alpha, associé à la relaxation, à la méditation et à la créativité.

Raccordé à un électroencéphalographe (EEG), je devais m'entraîner à exercer un contrôle sur les états favorables à l'émission d'ondes alpha par le cerveau. L'expérience consistait à identifier ces états afin de pouvoir ensuite les recréer, suscitant ainsi à volonté l'émission d'ondes alpha.

Après avoir fait les expériences habituelles : fermer les yeux, me relaxer, suspendre le fonctionnement du mental..., avec le résultat escompté, je me suis mis à modifier le champ de mon attention, les yeux fermés mais comme s'ils étaient ouverts, passant ainsi de l'attention active, correspondant à la vision restreinte de la fovea, à l'attention passive, correspondant à la vision périphérique. Or, chaque fois que mon attention corres-pondait au champ élargi de la vision périphérique, mon cerveau émettait surtout des ondes alpha – ce qui était dans l'ordre des choses puisque j'avais les yeux fermés; mais chaque fois que mon attention correspondait à la vision restreinte de la fovea – et bien que j'eusse les yeux fermés – mon cerveau émettait surtout des ondes bêta...

Voulant pousser plus loin l'expérience, je me suis alors appliqué à restreindre et à élargir alternativement le champ de l'attention, mais cette fois les yeux ouverts. Le résultat de cette variante me parut encore plus significatif : bien que rien ne permît aux observateurs de constater une modification au niveau de mon attention, allant de l'attention active à l'attention passive, autrement dit, passant de la vision restreinte de la fovea au champ élargi de la vision périphérique, mon cerveau émettait davantage d'ondes alpha.

J'en conclus que, même si on a les yeux fermés, lorsque l'attention correspond à la vision restreinte de la fovea, le cerveau émet davantage d'ondes bêta; mais que, par ailleurs, même si on a les yeux ouverts ou, de préférence, entrouverts, lorsque l'attention correspond au champ élargi de la vision périphérique, le cerveau émet davantage d'ondes alpha.

Ce qui revient à dire que le fait d'émettre des ondes bêta ou alpha ne découle pas seulement de ce qu'on a les yeux ouverts ou fermés; mais qu'il est possible de modifier les tracés, selon que l'attention est active ou passive, et ce, que l'on ait les yeux ouverts ou fermés...

Cette expérience de biofeedback m'a donc appris qu'il est possible d'émettre des ondes alpha les yeux ouverts, et encore davantage les yeux entrouverts, à la condition d'élargir l'attention en fonction de la vision périphérique. Ce qui revient à dire que, ce faisant, on se trouve en état de méditation.

C'est sur cette observation que repose la technique de méditation en marchant que je suggère.

En résumé, il s'agit de voir plutôt que de regarder, en élargissant le champ de l'attention en fonction de la vision périphérique; et de garder ainsi l'attention passive.

De la pratique du ZAZEN...

Dans la pratique de zazen – la méditation dans la tradition du bouddhisme zen – on accorde la plus grande importance à la posture qui, à une étape, devient l'objet même de la concentration. La méditation prend alors appui sur la conscience du corps dans l'environnement, une expérience essentiellement tactile. Je crois nécessaire de rappeler ici que le sens du toucher est complexe par définition : il comprend, entre autres, le sens musculaire qui permet de percevoir la position du corps, autrement dit de se percevoir dans l'environnement.

Il se trouve, par ailleurs, que zazen se pratique les yeux entrouverts, ou plus précisément, comme l'écrit Marc de Smedt : "... le regard mi-clos, mi-intérieur, mi-extérieur" – formule très heureuse. Il s'agit ici, en effet, de restreindre la vue et d'étendre le champ de l'attention devenue passive, en fonction de la vision périphérique, ce qui a pour effet, comme on l'a vu plus haut, de favoriser la perception audio-tactile et tout ce qu'elle implique : la conscience du corps, la présence à soi ici et maintenant, la conscience d'être... Autrement dit, de tourner le regard vers l'intérieur, vers le sujet.

Je n’arrive plus à me souvenir où j'ai lu que les myopes... – si vous me permettez cette digression qui n'est peut-être pas sans rapport – ...les myopes, donc, sont en général plus "sensuels": audio-tactiles, par la force des choses! Un ami – myope, comme on va le voir – à qui je communiquais, avec un certain sourire, cette ‘tautologie’ m'assura avec chaleur qu'il en était bien ainsi pour la raison que les myopes, ne parvenant pas à voir le monde distinctement, chercheraient à en confirmer la réalité par le toucher...

De là à se demander dans quelle mesure les myopes, audio-tactiles par définition, n'auraient pas une meilleure image de leur corps? Peut-être aussi une meilleure conscience de leur corps? Est-il permis de penser que les myopes auraient plus de facilité... à développer la 'présence à soi'? Ces questions, je le sens bien, me portent à me laisser dériver...

Il n'y a pas de doute, en effet, que restreindre la vue, soit en fermant les yeux, soit en les gardant mi-clos, soit même en déplaçant l'attention en fonction de voir plutôt que de regarder, favorise la perception audio-tactile qui, à son tour, favorise la conscience du corps, qui favorise la présence à soi et la conscience d'être... Pour délirante que puisse paraître cette audacieuse association, elle n'en est pas moins confirmée par les travaux de l'anthropologue canadien Edmund Carpenter, longtemps associé à ceux de Marshall McLuhan, sur la perception sensorielle et la communication, et qui est absolument formel sur ce point: restreindre le sens de la vue – ce que faisaient, selon lui, les jeunes hippies de l'époque, devenant ainsi des audio-tactiles en conflit avec leurs parents, visuels – a pour effet d'intérioriser la perception qui, de l'objet (extérieur) se tourne vers le sujet (intérieur); a même pour effet de l’orientaliser – l'expression est de lui. C'est à quoi je pensais chaque fois qu’il m'a été donné, depuis, de découvrir des photos de Maîtres spirituels d'Orient nous les montrant les yeux mi-clos. Ces Maîtres sont, de toute énce, des audio-tactiles: pour eux la réalité n'est pas à l'extérieur mais à l'intérieur; leur conscience n'est pas tournée vers l'objet à l'extérieur d'eux-mêmes, mais vers le sujet à l'intérieur, et leur démarche vise à développer la présence à soi, la conscience d'être – principe de la réalisation du Soi.

... à la tradition des arts martiaux

J'ai aussi trouvé la confirmation de cette observation dans les arts martiaux.

La différence entre voir et regarder est même l'une des règles du Bushido définies par le grand Maître japonais Miyamoto Musashi, dont il nous est sans doute possible, parvenus à cette étape de notre démarche, de mieux saisir la portée.

"Les samouraïs doivent (...) aiguiser les deux fonctions de leurs yeux : voir et et ainsi n'avoir aucune ombre. (...) La position doit permettre de voir largement et vastement. Entre voir et regarder, voir est plus important que regarder. L'essentiel dans la tactique est de voir ce qui est éloigné comme si c'était proche et de voir ce qui est proche comme si c'était éloigné. L'important dans la tactique est de connaître le sabre de l'adversaire, mais de ne pas regarder du tout ce sabre adverse. Méditez bien là-dessus. Cette position des yeux convient aussi bien dans la tactique du simple duel que dans une bataille. (...) Le premier point est de savoir regarder de côté sans bouger les pupilles. Toutes ces positions ne peuvent être acquises d'un seul coup dans les moments d’urgence. Donc, ayez bien en tête tout ce que j'ai écrit jusqu’ici, gardez bien cette position des yeux dans la vie quotidienne et en toutes occasions ne modifiez pas la position de vos yeux. Réfléchissez bien à tout cela."

Il n'y a pas de doute que Musashi parle bien ici de la même chose. Lorsqu'il dit : "Voir est plus important que regarder...", il ne peut s'agir que de la différence entre la vision restreinte de la fovea (regarder) et la vision périphérique (voir).

Telle est, en somme, la technique de la méditation en marchant.

Une partie l'enseignement de Gurdjieff est communiquée dans le livre de Peter Ouspensky, Fragments d'un enseignement inconnu (éd. Stock). On peut aussi trouver aujourd'hui des 'groupes Gurdjieff' qui diffusent son enseignement.

Une technique de rappel à soi

Cela nous amène aux techniques de rappel à soi de George I. Gurdjieff, qui visent à éveiller la conscience d'être. Car nous sommes rarement conscients de nous-mêmes. Le plus souvent, nous nous définissons au niveau de la conscience ordinaire, sans être conscients d'être.

Aux techniques de rappel à soi qu'on trouve d'ailleurs non seulement chez Gurdjieff mais, comme je devais aussi le découvrir, dans d'autres écoles de sagesse, je suggère d'ajouter celle que j’ai tenté de définir dans cet exposé.

En résumé, cette technique peut se ramener à la formule que j'ai proposée au début : dissocier l'attention de la vision restreinte de la fovea (regarder) et l'investir dans le champ élargi de la vision périphérique (voir).

J'estime, pour en avoir souvent fait l'expérience, qu'elle est d'une très grande efficacité... à propos d'efficacité, il est peut-être utile que je parle brièvement, en terminant, du rôle de la respiration. Je suggère, au moment d'élargir l'attention à la vision périphérique, d'inspirer lentement, puis d'expirer plus rapidement. L'inspiration favorise la concentration, alors que l'expiration entraîne souvent une diffusion de l'attention. Comme en témoigne un des principes de la lecture rapide : on retient mieux... ce qu'on inspire! C'est la raison, du moins je le suppose, pour laquelle, dans certaines pratiques méditatives, celle de zazen en particulier, on demande de mettre plutôt l'accent sur l'expiration – afin sans doute de compenser la tendance à la diffusion de l'attention, parvenant ainsi à une concentration plus égale. Mais il demeure que chaque fois qu'on a du mal à concentrer son attention, il faut s'appuyer sur l'inspiration, le temps de reprendre le contrôle de la concentration, pour ensuite s'appuyer au contraire sur l'expiration, ce qui rend la concentration plus stable.

Voir, c'est la technique de méditation que j'associe plus particulièrement à la marche, mais qui trouve aussi à s'appliquer à peu près à toutes les situations de la vie.

Extract from radio-canada.ca

8ème principe de Miyamoto Musashi : Prêter attention au moindre détail

Contrairement à ce que l’on pourrait penser au premier abord, l’attention au moindre détail, que suggère Musashi, suppose qu’il faut avoir une vue d’ensemble et non pas s’attacher à chaque détail en particulier. C’est ce qui ressort de la distinction qu’il fait dans son traité entre voir et regarder : "Entre voir et regarder, voir est plus important que regarder."

• voir, c’est précisément élargir l’attention à l’ensemble – ce qui correspond à la vision passive;
• regarder, c’est au contraire focaliser l’attention sur un détail – ce qui correspond à la vision active.

Musashi précise : "Ce qui est important, c’est que dans cette Voie, on ne peut devenir expert en la tactique sans avoir une vue directe et vaste... [...] La position doit permettre de voir largement et vastement. Entre voir et regarder, voir est plus important que regarder. L’essentiel dans la tactique est de voir ce qui est éloigné comme si c’était proche et de voir ce qui est proche comme si c’était éloigné. L’important dans la tactique est de connaître le sabre de l’adversaire, mais de ne pas regarder du tout ce sabre adverse. Méditez bien là-dessus. Cette position des yeux convient aussi bien dans la tactique du simple duel que dans une bataille."

Méditer en marchant

Les recherches sur la perception sensorielle, que j’ai poursuivies à l’époque où j’étais professeur en communication à l’Université McGill, m’ont amené à concevoir une technique de méditation qui repose précisément sur la différence entre voir (l’ensemble) et regarder (un point en particulier).

Cette technique consiste simplement à s’entraîner à voir plutôt qu’à regarder (comme le suggère Musashi, que j’ai découvert beaucoup plus tard). Mais il s’agit dans cette pratique de maîtriser non pas la vue – qui assure toujours à la fois les deux fonctions : voir et regarder – mais l’attention. Autrement dit, pour employer le langage de la physiologie, de dissocier l’attention de la vision restreinte assurée par la fovea centralis (et, relativement, par la macula oblongata) pour l’investir dans le champ visuel élargi que propose la vision périphérique.

Je devais trouver chez Musashi la confirmation de cette pratique : "Le premier point est de savoir regarder de côté sans bouger les pupilles." Ce qui revient à investir l’attention dans le champ visuel élargi que propose la vision périphérique.

Afin de bien saisir la différence entre voir et regarder, il faut en faire soi-même l’expérience. Je vous suggère donc de constater :

• que la vision focalisée, assurée surtout par la fovea, est restreinte : il suffit de regarder un objet, qu’il soit proche ou éloigné, pour constater qu’on n’en perçoit avec netteté qu’une toute petite partie;

• qu’il est possible de prendre conscience de la vision périphérique en élargissant le champ de l’attention des deux côtés à la fois sans bouger les yeux.

Telle est, en somme, la différence entre voir – la vision élargie; et regarder – la vision restreinte.

Telle est aussi, en ce qui concerne l’expérience visuelle, la différence entre l’attention passive (voir) et l’attention active (regarder).

C’est sur cette pratique que repose la méditation en marchant : sur le fait d’élargir le champ de l’attention en fonction de la vision périphérique de façon à voir plutôt qu’à regarder.

Chaque fois que j’élargis le champ de l’attention, passant ainsi de l’attention active à l’attention passive, je constate :

• que l’environnement ne m’apparaît plus à l’extérieur de moi, mais que je me perçois au contraire à l’intérieur – ce qui augmente mon sentiment de participation;

• qu’il m’est plus facile, lorsque mon attention correspond à la vision périphérique, de prendre conscience de mon corps, de ma présence ici et maintenant, et d’être conscient de moi-même, conscient d’être;

• qu’il m’est aussi plus facile d’apaiser le fonctionnement du mental : dans la mesure, en effet, où l’attention passive est soutenue, "ça" cesse de parler dans ma tête.

Élargir le champ de l’attention en fonction de la vision périphérique, autrement dit voir au lieu de regarder, représente donc, à toutes fins utiles, une technique de méditation.

Cette technique de méditation, que j’associe plus spécialement à la marche, trouve aussi à s’appliquer dans de nombreux domaines, notamment dans certains sports. Chaque fois que l’on étend l’attention à la vision périphérique, non seulement on a une vue d’ensemble mais on exerce une maîtrise sur le mental. Le bavardage (du moi no 1 de Gallwey) se trouve alors suspendu. Cette pratique exige un entraînement. Comme le souligne Musashi : "Cette position ne peut être acquise d’un seul coup dans les moments d’urgence. Donc, ayez bien en tête tout ce que j’ai écrit jusqu’ici, gardez bien cette position des yeux dans la vie quotidienne et en toutes occasions ne modifiez pas la position de vos yeux."

Avoir l’œil américain...

Dans le court essai que j’ai consacré à cette technique de méditation, j’ai souligné que l’on trouve aussi cette pratique dans la tradition amérindienne.

Je devais en avoir la confirmation dans l’ouvrage de Pierre Morency, ouvrage qui réunit les textes de ses entretiens radiophoniques, à la radio FM de Radio-Canada, sur la nature du Nouveau Monde :

"Ce premier soir du vrai printemps nous avait, mon voisin et moi, sortis de nos logis, comme tant d’autres du quartier qui processionnaient, en souliers légers, tête nue. L’air était grisant; voitures et motos se déchaînaient. Les promeneurs qui nous frôlaient devaient bien se demander ce qui nous tenait ainsi dans l’extase, mais personne ne s’est arrêté, personne n’a tendu l’oreille vers cette plénitude qui montait en musique du fond d’un petit jardin clôturé. Personne non plus n’a levé la tête vers le ciel où criaient, bien en vue, deux engoulevents en chasse.

– En fait, dit mon voisin, il faudrait avoir des yeux et des oreilles tout le tour de la tête !
– Cela s’appelle : avoir l’œil américain...

"Cette locution, qui n’a pas fait souche au Québec, même chez les lettrés, est entrée dans la langue française au moment où nos cousins des ‘vieux pays’ se sont pris d’engouement pour la vie des Indiens à travers les romans de Fenimore Cooper. Les Amérindiens n’ont-ils pas la réputation, à cause de leur vie libre et de leurs habitudes forestières, d’avoir les sens si aiguisés qu’ils peuvent ‘apercevoir sans détourner la tête aussi bien ce qui se passe à droite et à gauche que ce qui se présente devant eux’? Avoir l’œil américain, n’est-ce pas également se pourvoir de l’aptitude à entendre ce que nous écoutons, à voir ce qui est derrière quand on regarde devant? C’est en tout cas le sens que je prêtais à cette formule quand je l’ai choisie, il y a quelques années, pour servir de titre à une série d’entretiens radiophoniques où je prenais plaisir à conduire mes auditeurs dans la nature du Nouveau Monde."

Au plan psychologique

Cette pratique peut aussi s’étendre à toutes les situations de la vie. Il suffit de transposer analogiquement au plan psycho-logique, dans ses attitudes et ses comportements, ce qui a été défini jusqu’ici au plan physiologique en considérant les événements, les circonstances, les conditions de la vie mais aussi les êtres, autrement dit en percevant le monde de la façon que suggère la vision périphérique, prêtant ainsi attention au moindre détail mais sans jamais perdre de vue l’ensemble.

Extract from radio-canada.ca

Miyamotho Musashi

Miyamotho Musashi (1584-1645)

Célèbre Samuraï, expert du combat au sabre (Ken-jutsu), l'un des plus importants Kenshi que le Japon ait connu et dont les exploits ont inspiré de nombreux récits. Il est l'archétype du héros médiéval nippon.

Shinmen Musashi-no-Kami, Fujiwara-no-Genshin, naquit dans la province de Harima, et eut durant sa rude enfance les prénoms de Bennosuke, Heima ou Takezo. Son entourage l'appelait aussi volontiers "le petit Tengu". Il utilisa tout au long de sa vie les noms de famille de Miyamoto (le plus connu), de Takemura, de Hirata, de Shinmen ou de Hirao tandis qu'à son prénom usuel de Musashi furent parfois accolés des suffixes à résonance plus guerrière, tel Masama ou Masanobu.

Il était le second fils de Munisai Shinmen, lui-même expert au sabre, et qui le laissa orphelin à l'âge de 7 ans (il fut tué lors d'un duel). Receuilli par son oncle maternel, moine, qui l'amena dans son monastère, Musashi mit ce séjour forcé à profit pour s'entraîner au sabre. Il gagna son premier duel à 13 ans, au cours duquel il tua Arima Yoshibe (Kibei). Trois ans plus tard il tua Akiyama, un autre sabreur de renom. A 17 ans il participa sous la bannière de Toyotomi Hideyoshi à la bataille de Sekigahara (1600) pendant laquelle il fut gravement blessé. Seule sa constitution vigoureuse lui permit de récupérer. A partir de 1604 on le trouve à Kyoto, défiant Yoshioka Seijuro, important expert au sabre de la ville. Il le blessa grièvement, ce qui lui valut la haine du clan Yoshioka. Au cours d'un duel célèbre (combat d'Ichijoji), il tua une douzaine de membres du clan. Puis il reprit sa route, remportant défi sur défi, invaincu dans plus de 60 duels (sauf peut-être, face à Muso Gonnosuke, une rencontre diversement rapportée par l'Histoire). Il avait alors 29 ans. C'était en 1612 qu'il tua, dans un dernier combat singulier qui le fera définitivement passer pour une légende, le célèbre bretteur Sasaki Kojiro (Ganryu) du clan Mori, redouté pour son sabre long (o-dachi). La rencontre eut lieu sur la petite île de mukojima et Musashi vint au combat avec pour arme une longue rame en bois avec laquelle il fracassa la crâne de son adversaire surpris par l'allonge inhabituelle de cette arme improvisée. Musashi ne se battit plus jamais, mais on le trouve encore chargé du commandement d'un corps de réserve par Ogasawara, Seigneur de Kokura, lors du siège du château de Hara en 1638.

A partir du début des annèes 1630 Musashi se consacra entièrement à l'étude de la voie (Do), tout en pratiquant calligraphie et peinture, arts dans lesquels il excellait. L'homme acquiert alors une dimension exceptionnelle, Kensei de son vivant, "saint au sabre". En 1643 il se retira dans la montagne, pour mieux méditer dans la grotte Reigendo (temple de Ungan-ji) du Mont Iwato, à l'ouest de Kumamoto. C'est là qu'il rédigea, quelques semaines avant sa mort, en 1645, le texte "Ecrit des cinq roues" (Gorin-no-sho), qui est devenu un classique de la littérature concernant les arts martiaux (Budo), plus encore que son Dokukodo. Il mourut à l'âge de 62 ans et fut, selon sa volonté, enterré revêtu de son armure.

Au cours de sa grande errance en quête de l'efficacité absolue, à l'image de tant de Ronin parcourant le pays pour leur Musha-shugyo, il expérimenta beaucoup et fit émment sa propre synthèse technique. On crédite Musashi de la création du style Ken-jutsu Emmei-ryu, qui prit plus tard le nom de Nito-ryu (Ecole des deux sabres), puis celui de Niten-ryu (Ecole des deux Ciels). "Niten" était aussi un nom de plume parfois utilisé par le peintre et calligraphe qu'il était devenu dans la dernière partie de sa vie. Si l'école a disparu avec Musashi (le Hyoho Niten Ichi-ryu prétend cependant aujourd'hui transmettre la technique de Musashi), il existe cependant encore des Kata à deux sabres transmis par le Ken-jutsu au cours des siècles suivants.

(Texte tiré de l'"Encyclopédie des arts martiaux de l'Extrême-Orient", G. et R. Habersetzer, pages 436-437)

Miyamoto Musashi (1584-1645) : célèbre Samouraï considéré comme un des grands Maîtres de la tradition du bushidô : la Voie des guerriers. Escrimeur, il a créé l’école dite "des deux sabres" : un long et un court. Devenu un personnage légendaire, sa vie aventureuse et ses exploits ont inspiré d’innombrables romans, nouvelles et pièces de théâtre. À l’âge de soixante ans, quelques mois avant sa mort, il se retire dans une grotte pour méditer et rédige à l’intention de ses disciples l’œuvre majeure de sa vie : Traité des Cinq Roues.

le Traité des Cinq Roues

Ce traité porte sur les arts martiaux et plus particulièrement l’escrime. Mais les principes qu’il énonce trouvent aussi à s’appliquer à toutes les activités de nature stratégique, à tous les gestes de la vie quotidienne : "Je comprenais bien, écrit Musashi, comme il est difficile de maintenir une position face aux événements. [...] J’ai appliqué les principes (avantages) de la tactique à tous les domaines des arts. En conséquence, dans aucun domaine je n’ai de maître."

Le Traité des Cinq Roues n’est donc pas seulement un livre de stratégie guerrière ou pour l’action. C’est aussi un guide sur la Voie, qui énonce les principes d’un art de vivre. Livre à la fois d’action et de sagesse, ou plutôt de sagesse dans l’action, il révèle le secret d’une stratégie victorieuse, d’un trajet initiatique qui passe par la maîtrise de soi.

Ce Traité est considéré comme un classique de la littérature universelle. Une traduction française par M. et M. Shibata est parue récemment aux éditions Albin Michel, dans la collection "Spiritualité vivante". C’est dans cette édition que j’emprunte la plupart des passages cités dans le présent essai. Toujours populaire au Japon, le traité de Musashi a fait l’objet d’une édition récente par le Groupement d’études sur la gestion de Tokyo, destinée plus spécialement aux gestionnaires.

"Dans une auberge isolée, un samouraï est installé à dîner, seul à une table. Malgré trois mouches qui tournent autour de lui, il reste d’un calme surprenant. "Trois ronin (guerriers vagabonds, sans maître) entrent à leur tour dans l’auberge. Ils remarquent aussitôt avec envie la magnifique paire de sabres que porte l’homme isolé. Sûrs de leur coup, trois contre un, ils s’assoient à une table voisine et mettent tout en œuvre pour provoquer le samouraï. Celui-ci reste imperturbable, comme s’il n’avait même pas remarqué la présence des trois ronin. Loin de se décourager, les ronin se font de plus en plus railleurs. Tout à coup, en trois gestes rapides, le samouraï attrape les trois mouches qui tournaient autour de lui, et ce, avec les baguettes qu’il tenait à la main. Puis, calmement, il repose les baguettes, parfaitement indifférent au trouble qu’il venait de provoquer parmi les ronin. En effet, non seulement ceux-ci s’étaient tus, mais pris de panique ils n’avaient pas tardé à s’enfuir. Ils venaient de comprendre à temps qu’ils s’étaient attaqués à un homme d’une maîtrise redoutable. Plus tard, ils finirent par apprendre, avec effroi, que celui qui les avait si habilement découragés était le fameux maître : Miyamoto Musashi."

Cette légende illustre un principe capital de la Voie du Samouraï, selon lequel on doit chercher à vaincre sans combattre.

(On s’est inspiré de ce récit pour une scène du film Karate Kid, dans laquelle le maître attrape une mouche avec des baguettes, sous le regard ébahi de son jeune disciple.)

de l’action efficace et de la sagesse

L’enseignement de Musashi se définit à deux niveaux :

de l’action efficace...

Ne nous y trompons pas. Tous les arts martiaux sont d’abord des techniques de défense. Quand on est dans l’action, il faut gagner. Pour le Bushi ou Samouraï, perdre c’est mourir... Mais la question est de savoir comment gagner par une action juste du point de vue de la tactique et de l’attitude. Le guerrier doit, par exemple, "faire perdre à l’adversaire son équilibre mental" ou encore "faire naître une certaine tension nerveuse en empêchant l’adversaire d’être sûr de lui". Musashi souligne même l’importance "de neutraliser l’adversaire directement, sans le laisser souffler, en évitant de croiser son regard". Il ajoute d’ailleurs : "Le plus important est de l’empêcher de pouvoir se restaurer"... À propos de l’importance de savoir se rénover dans l’action, Musashi dit plus loin : "Lorsque, au cours d’un combat qui reste à l’état de mêlée, rien n’avance plus, abandonnez vos idées premières, rénovez-vous en tout et prenez un nouveau rythme. Ainsi découvrez le chemin de la victoire. Chaque fois que vous jugez qu’entre votre adversaire et vous tout grince, changez d’intentions immédiatement et parvenez à la victoire en recherchant d’autres moyens avantageux pour vous."

Ces règles trouvent à s’appliquer aussi dans le monde de l’action en général...

Vaincre, soit! Mais de préférence sans combattre et, dans tous les cas, sans perdre l’honneur.

... et de la sagesse

Musashi se rapproche pourtant davantage de la figure du sage que du technicien des armes. Son enseignement vise d’abord à remporter une victoire sur soi. C’est le sens de sa maxime : "Devenez l’ennemi". Dans son action, le guerrier doit atteindre en lui-même le point où cesse la violence. La maîtrise de soi, enseigne le traité, augmente les chances de maîtriser le monde.

L’intérêt que présente le modèle traditionnel japonais est considérable. Pourtant, l’esprit qui anime les principes de Musashi, visant à l’efficacité dans l’action et à la maîtrise de soi pour atteindre la sagesse, n’est pas étranger à la tradition occidentale. On le trouve aussi dans la tradition gréco-romaine, en particulier chez les Stoïciens, bien qu’il ne s’agisse plus dans ce cas du modèle du guerrier mais plutôt de l’homme en progrès et du philosophe, qui n’en doit pas moins se considérer comme son seul ennemi, c’est-à-dire comme le seul véritable obstacle à vaincre. Épictète revient très souvent sur ce thème. Il dit par exemple:

"Attitude et caractère de l’homme ordinaire: il n’attend rien, en bien ou en mal, de soi-même, et tout des circonstances extérieures. Attitude et caractère du philosophe: il attend tout, en bien comme en mal, de soi-même. Signes distinctifs de l’homme en progrès: il ne blâme personne, ne loue personne, ne reproche rien à personne, n’accuse personne; il ne dit jamais rien qui tende à faire croire qu’il sait quelque chose ou qu’il est quelqu’un. En cas d’échec ou d’obstacle, il ne s’en prend qu’à soi-même. [...] En un mot, le seul ennemi qu’il ait à redouter, c’est lui-même."

les principes fondamentaux, selon Musashi

L’enseignement de Musashi peut se ramener à neuf principes :

  1. Éviter toutes pensées perverses.
  2. Se forger dans la voie en pratiquant soi-même.
  3. Embrasser tous les arts et non se borner à un seul.
  4. Connaître la voie de chaque métier, et non se borner à celui que l’on exerce soi-même.
  5. Savoir distinguer les avantages et les inconvénients de chaque chose.
  6. En toutes choses, s’habituer au jugement intuitif.
  7. Connaître d’instinct ce que l’on ne voit pas.
  8. Prêter attention au moindre détail.
  9. Ne rien faire d’inutile.

Pour approfondir le sens de ces neuf principes, il faut se reporter à différents passages du traité, mais aussi les considérer en fonction de la tradition des arts martiaux et du bouddhisme zen... C’est le périlleux exercice auquel je me suis livré.

J’ai aussi pris la liberté de prolonger ces principes par des commentaires d’inspiration moderne et occidentale. Certains de ces commentaires, qui nous entraînent parfois assez loin de l’énoncé proprement dit, paraîtront même audacieux... Je crois pourtant avoir respecté l’esprit des principes de Musashi.

Extract from radio-canada.ca

Zanshin

Vigilance après une attaque ou contre-attaque.

ZANSHIN signifie la conservation à tout moment de la vigilance envers l'adversaire. Même si l'on juge l'attaque portée à l'adversaire précise, puissante et valable, on doit demeurer physiquement et mentalement prêt à lui donner immédiatement un deuxième ou troisième coup éventuel dans le cas où le premier s’avérerait complètement manqué ou insuffisant et où cet adversaire risquerait de contre-attaquer.

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Zanshin, c'est l'état permanent de "vigilance active" face à un danger potentiel ou déclaré. Il implique une forme d'activité mentale, sorte de concentration intense mais sans objet (une notion difficile à comprendre intellectuellement) avant (menace), pendant (combat) et même après (contrôle) l'existence de ce danger.

C'est la domination virtuelle et ininterrompue du danger jusqu'à son élimination définitive (et même un peu après : prolongement de l'attention, puis décroissance progressive de cet état d'alerte).

Zanshin ne doit pas se voir. La posture (attitude physique, visible, comme "tat mental, invisible) doit rester impénétrable, neutre. Esprit et corps sont en alerte (éveillés, prêts à s'engager). L'esprit est vivant, mais calme. C'est l'Etre détaché, l'Ego, égoïste et aveugle, l'esprit pur libre, l'énergie fondamentale qui peut circuler sans blocage ni inhibition, pour être disponible exactement là où il faut, quand il le faut. Seul le mental libre, ne s'attendant à rien, est capable de s'attendre à tout. L'imprévisible peut alors être perçu à temps, (sans intervention de la réflexion) et déjoué.

Zanshin, c'est la parfaite unité corps-esprit, dans le temps et l'espace. Il suppose un esprit "droit" dans un corps "droit", une préoccupation et une recherche qui prennent naissance dans la prise de conscience du centre de l'homme, et qui se poursuivent toute une vie dans la pratique, pour déboucher sur la maîtrise du geste 'juste'.

(extraits de "Ecrits sur le Budo", de R. Habersetzer, 8° dan)

ZANSHIN : Peut être traduit en français comme l'observation de l'adversaire ou la situation après avoir exécuté une technique. La technique physique se termine quand on a exécuté le mouvement mais l'action continue encore en conscience de laquelle le Maaï correct peut être calculé pour la technique suivante nécessaire.

Cependant la signification de Zanshin n'est pas limitée à ce point de vue pratique, dans un sens plus profond, Zanshin dénote la continuité et le flux du KI (énergie en conscience), la liaison entre une action et une autre, entre le Yin et le Yang, entre la vie et la mort.

Maaï

Dans le Budo, on dit que ma ai est important. C'est le mot qui définit la relation spatiale entre Aite et soi-même. La position d'où il est facile d'attaquer ou de se défendre. Le ma ai n'est donc pas seulement une notion de distance ; il faut y inclure le mouvement des coeurs dans l'espace. Si j'ai peur, l'espace semble trop petit, si j'ai trop confiance en moi, l'espace semble trop grand.

L'idéogramme ma est constitué : de la porte et de la lune. C'est la lune perçue par l'interstice des portes fermées. Nous dirons : quelque closes que soient les portes, il reste toujours un interstice pour laisser filtrer la lumière de la lune. De même, si parfaite que soit la garde, il y a toujours un interstice où se glisse la lumière de la lune. Pourquoi cette force dans l'interstice ? Simplement parce que cette fente, si minime soit-elle, contient l'espace tout entier.

Aussi au mur d'honneur du séjour d'une maison japonaise, il y a le tokonoma. Là, dans ce , on peut placer un tableau ou bien des fleurs dans un vase. Ce donne vie au tableau comme aux fleurs.

En peinture, comme en musique, tout vient à la vie parce qu'il y a cet espace . C'est le du verre qui permet de le remplir. c'est l'espace dans une pièce qui permet aux gens d'y vivre. C'est la vacuité de cet espace qui est importante. Quand on ne voit rien, quand on pense qu'il n'y a rien, il y a pourtant quelque chose. La civilisation orientale, peut-on dire, est la civilisation qui accorde de l'importance à la vacuité.

Le ai de ma ai est le même ai que le ai de aikido, avec le sens de faire Un, mettre en ordre, harmoniser... Ma ai est donc, comme vous pouvez le déduire de ce qui vient d'être écrit, l'espace qui naît à la fois du coeur et de l'esprit, de soi-même et de l'autre, et les englobe tous deux dans une évolution constante vers la position la plus avantageuse.

J'ai expliqué, jusqu'à maintenant, shisei, kokyu, kamae, ma ai, qui sont les bases précieuses à cultiver, à répéter inlassablement, à marteler. Ces quatre termes ne relèvent pas seulement du domaine du Budo, ils ont la même importance dans tous les arts : kado, la voie des fleurs, shodo la voie de la calligraphie, la peinture, la musique, la danse, que dans les études ou la vie quotidienne. Ce sont des mots dont il faut s'imprégner.

Ces textes sont tirés du livre de Maître Tamura : AIKIDO

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Maaï : Est l'élément le plus important dans tout entraînement à un art martial. C'est la sensation de distance par rapport à tout adversaire.

Pour se rendre compte du Maaï correct, plusieurs facteurs entrent en jeu, par exemple : la taille relative des personnes impliquées , qu'il soit un partenaire, soit plusieurs, l'espace environnant, le type d'arme auquel on fait face, la différence de longueur entre le sabre et le couteau, etc.

D'ailleurs, Maaï change constamment par le courant même de l'action créée par l'attaque et la défense. Au moment où l'adversaire bouge, Maaï commence à changer. Quand l'un prend l'initiative en utilisant sa subjectivité pour gagner le contrôle, le résultat de ce changement est d'affecter Maaï. A cause de ces nombreux changements et bien plus encore à cause du caractère dynamique du Maaï, sa distance exacte ne peut être mesurée et pensée dans la forme fixe, ni être apprise en théorie. Le " sens " de Maaï est affaire d'expérience pratique et peut être développé à travers la pratique.

Les Sept poèmes de Madaishi

Madaishi

Il y a bien longtemps, dans la Terre du Matin, vivait un homme du nom de Madaishi. Il voyageait de par le monde, et on dit qu'il apportait la paix et la sérénité dans chaque foyer où il se rendait. Sa renommée était grande, bien que son nom soit inconnu de l'empereur. Beaucoup de gens le prenaient pour un kami , un esprit, qui aurait pris la forme d'un moine errant pour aider les hommes. Certains tentaient de le rencontrer, car ils voulaient lui demander une faveur : qui un nouveau boeuf, qui de l'argent, qui un gendre loyal... Mais pour ceux-là, Madaishi semblait aussi insaisissable que le vent dans les saules.

Il disait parfois aux gens que la vie n'était qu'un rêve, et que nous étions endormis. Et il parlait du Grand Eveil, du jour où chacun réussirait à disperser le voile du rêve et à percevoir la réalité.

Un jour, à l'aube, alors que les oiseaux chantaient comme si de leur chant dépendait le lever du soleil, Madaishi s'agenouilla près d'un prunier en fleur, et il prit un pinceau. Pendant qu'Amaterasu-Omikami paraissait dans le ciel du matin, il composa sept poèmes, qu'il coucha doucement comme on couche un enfant qui deviendra un jour un homme honorable, sur du papier de riz. Une brise légère se leva, détachant quelques fleurs de prunier. Lorsque la brise fut tombée, lorsque les pétales touchèrent le sol, Madaishi et les poèmes avaient disparu.

Un dicton de la Terre du Matin dit :

Celui qui connaît un des sept poèmes est béni

Celui qui connaît trois poèmes est illuminé

Celui qui connaît les sept poèmes éclaire le monde

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Kokyu

Shisei est acquis. L'attitude est bonne. Le travail suivant est Kokyu. Haku (Ko) expirer Suu (Kyu) inspirer . Tous les êtres vivants absorbent l'oxygène, rejettent le gaz carbonique. Cette action porte le nom de kokyu. Un bon kokyu est lent, profond, long, fait naturellement. C'est donc une respiration abdominale. Au début de la pratique, il est bon d'insister sur l'expiration puis de laisser l'inspiration se faire. La respiration se fait par le nez. Si le rythme respiratoire est perturbé, utiliser la bouche pour le rétablir. L'inspiration se fait bouche fermée, les molaires légèrement serrées, la langue en contact avec le palais. Les débutants comptent mentalement pour régler l'expir et l'inspir. A l'inspiration, l'anus fermé ; imaginer que l'air descend plus bas que le nombril. Dans la pratique du Budo, il arrive que l'inspiration soit rapide, que l'on retienne longuement l'air dans les poumons, que l'on ait besoin de le rejeter rapidement ou au contraire lentement. Pendant l'exercice, il faut prêter une très grande attention à la maîtrise du kokyu. Kokyu ne consiste pas uniquement à renouveler l'air des poumons, à rejeter les impuretés. Il est nécessaire durant sa pratique d'avoir le sentiment de s'emplir à nouveau d'un ki pur. Le ki, ainsi emma gasiné, sort avec puissance quand le besoin s'en fait sentir. Ce rayonnement constant du ki est le shisei juste. Dans la vie quotidienne donc, quand vous êtes debout, en marche, au travail, même quand vous dormez, exercez-vous avec coeur. Si une urgence se présente, votre kokyu sera alors celui de tous les jours. Mais pour atteindre cet état, le quotidien est important. L'homme, normalement, oublie qu'il respire mais n'oublie certes jamais de respirer. De la même façon, au-delà de la conscience, il faut faire pénétrer dans le corps, acquérir un kokyu juste, un shisei juste. Il faut s'entraîner sans cesse afin d'obtenir ce résultat. Le corps ayant été, de la sorte, empli d'un ki vigoureux, quand on atteint l'unité avec la nature, l'énergie du ki envahit le corps ; il devient possible de faire jaillir de vous-même une puissance qui dépasse l'imagination. Cette force de la respiration (kokyu ryoku) qui s'exprime ainsi n'est pas vôtre, elle est la force de respiration du ciel et de la terre.

Ces textes sont tirés du livre de Maître Tamura : AIKIDO

Kokyu ho, « techniques liées à la puissance du souffle », est le quatrième pilier de l’aïkido. Le Fondateur disait : « La respiration est le fil qui tisse la trame et la chaîne de la création, lorsque vous pouvez sentir la myriade de variations des souffles dans l’univers, les techniques d’aïkido naissent individuellement. » A l’origine, les techniques de Kokyu ho, qui étaient dites contenir le secret de la vraie puissance, n’étaient jamais enseignées en public. Le fondateur avait l’habitude, lors de démonstrations, de montrer la surprenante puissance du souffle en invitant des élèves à pousser de toutes leurs forces son bras tendu, ou même un bâton qu’il tenait à bout de bras (ci-dessus), puis son application technique (sokumen iriminage).

Shisei

Shisei se traduit en français par : position, attitude, posture, pose. Sugata (shi) exprime la forme, la figure, la taille. Ikioi (sei ) exprime la force, la vigueur, la vivacité. Shisei contient ces deux sens. Mais le sens de shisei ne désigne pas seulement une attitude extérieure : une bonne forme, un bon style, un bon maintien, mais aussi, une force intérieure visible de l'extérieur dans sa manifestation, par exemple, la vitalité chez un enfant apparente au travers de sa vivacité de ses yeux vifs, de ses mouvements...

Si nous voulons atteindre ce shisei, de quoi avons-nous besoin ? D'abord de mettre en ordre le corps qui est le vase contenant le ki. Pour ce faire, étirez la colonne vertébrale et gardez-la droite. Si vous avez le sentiment de pousser le ciel avec la tête, la colonne vertébrale s'étire naturellement. Ne gonflez pas la poitrine dans la position militaire au garde-à-vous. Les épaules décontractées tombent avec souplesse, l'anus est fermé, les reins ne sont pas cambrés, le ki est confortablement posé dans le seika tanden, le corps tout entier calmement détendu.

Le grand adepte du sabre Miyamoto Musashi dit, parlant du shisei martial : « Le visage est calme, ni tourné vers le haut, ni vers le bas, ni vers le côté, les yeux clos légèrement, sans mouvement des globes oculaires, le front sans un pli, les sourcils légèrement froncés, l'arête du nez droite, sans trop ramener le menton en avant, la nuque droite également, les vertèbres cervicales pleines de force. Au-dessous des épaules tombantes, le corps est parfaitement décontracté, la colonne vertébrale est en place, les fesses rentrées ; les genoux jusqu'aux orteils s'appuient fortement sur le sol, les hanches ne sont pas vrillées, le ventre est fermement arrondi ».

En aikido, on appelle sankakutai une telle posture souple, équilibrée, permettant de se mouvoir librement, tel un tétraèdre régulier qui, en tournant, devient cône.

Ces textes sont tirés du livre de Maître Tamura : AIKIDO

Ed. AGEP.

Article connexe : Livre de l'Eau - Le port de la tête dans l' « art du combat »

Kokyu Ryoku

Vous pouvez pratiquer l'aikido si vous pouvez soulever trois onces de son. Cela revient à dire, que l'aikido n'est pas un art de combat corps à corps, fondé sur l'utilisation de la force physique et musculaire.

Le travail de la technique en aikido, se fait en utilisant pleinement l'énergie mentale et rationnellement la force physique. D'où l'expression employée plus haut. Si l'on utilise cette méthode, il est possible de développer une force supérieure à celle que l'on croit posséder. Lorsque nous disons que les personnes âgées les femmes, les enfants peuvent pratiquer, cela ne signifie pas seulement qu'ils peuvent s'entraîner, mais bien qu'ils peuvent appliquer cette voie au combat, après l'avoir bien comprise.

J'ai déjà effleuré plus haut le kokyu ; dépassons maintenant le stade de la respiration physiologi que pour absorber en nous-même l'énergie de l'Univers ; allons plus loin encore et fondons nous en un seul corps avec l'Univers. La force qui en découle est nôtre, sans être nôtre, car en réalité, c'est l'énergie de l'Univers qui surgit de notre corps. Cette force accumulée dans le seika tanden pour emplir toutes les parties du corps, semblable à l'eau qui jaillit et jamais ne s'arrête, cette force émanant d'un corps et d'un esprit toujours calmes, sereins, détendus pour répondre à la nécessité en tout temps et dans la direction voulue, cette force s'appelle kokyu ryoku.

Cette force, cadeau du Ciel, ne pourra s'exprimer, ni si votre nuque, vos épaules, vos bras sont inutilement contractés, ni si vous vous imaginez être fort ou au contraire incapable, ni si vous croyez que cette force ne peut exister. Tous ces déchets, toutes ces impuretés sont autant de barrages sur le passage du ki. C'est un peu comme un tuyau qui serait pincé, écrasé par un pied ou bouché par de la terre et dont l'eau ne pourrait s'écouler, alors que l'ayant branché sur un robinet, vous vous apprêtez à arroser un jardin.

0 Senseï répète souvent : « 1'aikido est une purification du corps et de l'âme, c'est décrasser le corps et l'âme »,. Il est bien ént, que l'âme sera rayonnante, que la circulation sanguine s'améliorera de même que le mental et le physique, si l'on procède à un décrassage intérieur et extérieur.

Kokyu ryoku doit donner vie, chez le pratiquant d'aikido, à un geste aussi simple que lever un bras ou avancer un pied. Une technique d'aikido exécutée sans l'emploi de kokyu ryoku, n'est pas une technique d'aikido, c'est un champagne sans bulles, une bière éventée.

Kokyu ryoku compris intellectuellement est inutilisable. Il faut l'apprendre par le corps dans l'exercice de tous les jours, il ne s'assimile qu'après un travail d'empilage. O Senseï dit à ce sujet : « un travail de trois jours n'est qu'un travail de trois jours, un travail d'un an n'est qu'un travail d'un an, un travail de dix ans engrange la force de dix ans »

Sans kokyu ryoku la forme de la technique peut exister mais elle n'est alors qu'une forme .

Sans passer par les techniques, il est impossible de s'imprégner de kokyu ryoku. En outre les résultats seront différents selon que vous y croyiez ou non.

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KOKYU RYOKU : Est appelé KI : C'est l'extraordinaire puissance produite quand le corps et l'esprit sont unifiés.

Au plus haut niveau de l'Aïkido, le Kokyu Ryoku est compris comme une énergie spirituelle qui se transforme en une énergie physique. Certaines techniques de respiration stimulent ainsi cette forme de transformation (KOKYU : respiration, RYOKU : pouvoir).

En Aïkido, s'entraîner à développer ou à découvrir ce Kokyu Ryoku est extrêmement important, parce que la découverte du Kokyu Ryoku est nécessaire pour la réalisation de l'énorme pouvoir que chacun possède en conscience. Cette puissance est rarement utilisée.

Ki No Nagare

Utiliser l'énergie de l'autre, aller dans le même sens, être au bout de la force

Iriminage est l'essence même de l'aïkido. Avec iriminage on peut réagir contre plusieurs adversaires et contrôler une attaque puissante en utilisant un minimum de force. Comme kokyunage, iriminage représente l'étape ultime et l'essence de l'aïkido. Dans iriminage, le principe de base consiste à projeter son adversaire dans la direction d'un autre assaillant, quelque soit le côté par lequel celui-ci se présente. Les techniques en ki no nagare sont là pour répondre à ce genre de situation. Avec ki no nagare on peut changer à volonté la direction dans laquelle on projette.

D'autre part, en ki no nagare, on s'harmonise habilement avec le partenaire pour guider sa force de manière à ce qu'il ne puisse pas s'échapper en tournant. Pour accomplir cela, il faut garder les hanches stables. Si les hanches ne sont pas stables on perdra l'équilibre lorsque l'on essaiera de guider une attaque puissante. Le fondateur répétait toujours: "Pratiquez tai no henko pour développer la stabilité de vos hanches". Tai no henko constitue la base des techniques ura ou techniques d'ouverture en tournant et sa pratique rend capable de guider l'attaque d'un adversaire puissant. Il ne faut pas omettre de développer la stabilité des hanches pour être en mesure de contrôler toutes sortes d'attaques puissantes. Ainsi, l'aïkido que l'on pratiquera sera en accord avec les enseignements de O Sensei.

Takemusu Aikido - Saito Sensei

Le sabre : l’âme du guerrier

KEN

« le sabre est par essence l’âme du guerrier, une manifestation de la véritable nature de l’univers. Ainsi quand vous dégainez le sabre, c’est votre âme que vous tenez dans vos mains. Sachez-le, deux guerriers qui se font face en brandissant leur sabre sont comme des flambeaux, ils entrent ensemble, corps et esprit mêlés, dans un monde qu’il faut débarrasser du mensonge et du mal. Celui qui vient pour s’opposer à lui sur le Grand Chemin de la maîtrise du sabre permet au guerrier que la divinité inspire, de faire agir les Principes Universels. Il favorise l’harmonisation de tous les éléments du ciel et de la terre, du corps et de l’esprit, éternelles splendeurs. »

Maître Ueshiba

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Katana

Le Katana remonte au VIIe ou VIIIe siècle et ne se distingue du Tachi que par quelques détails infimes. Même si le terme épée de combat japonaise est courant, le Katana est un sabre qui se porte à gauche, glissé dans la ceinture, le fil dirigé vers le haut. Au moment de l'extraire, la main gauche saisissait le fourreau en le tournant obliquement vers l'extérieur et ce geste était considéré comme extrêmement agressif. Le Katana s'accompagne généralement d'une épée courte, le Wakisashi. Et l'ensemble constitue le Daisho. L'acier ou le fer utilisé pour la fabrication est de qualité supérieure compte tenu des ressources minières. La majorité des Katana sont en acier et fer assemblés moyennant les techniques de la province ou du maître forgeron. On avait recours aux méthodes Wari-ha, Suye-ha et Kata-ha pour les lames ordinaires. Le style le plus courant pour les Katanas de combat était le San-mai et à moindre mesure le Shibo-zume. Tandis que la méthode Nogi-hada était réservée pour les Katanas de prestige et de grande qualité.

Le Ken est le sabre, l'arme du Samouraï, le reflet de son âme, le garde de son corps. En aucun cas, le Samouraï ne se sépare de son Ken.

From http://masterfight.free.fr/

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Proverbes

Sabre et médidation ne font qu'un - Ken Zen Ichi Nyo

L'orgueil peut être comparé à la lame d'un sabre ; elle doit être aiguisée puis réintroduite dans le fourreau - HAGAKURÉ

Le sabre est l'âme du samouraï et l'âme du forgeron est dans la lame

Peu importe la longueur du sabre si l'homme ignore la vertu.

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Tout samuraï digne de ce nom se doit de connaître la différence entre le wakizashi et le katana. Tous deux sont des sabres (en japonais, ken) mais de longueur différente ; le katana est deux fois plus long que le wakizashi. Ensemble, ces deux sabres forment le daïsho, que seuls les samuraïs étaient autorisés à porter. Le tantô, quant à lui, est un mini-sabre (moins de 31 cm). Il nous est plus connu en tant que couteau de cuisine, même si à l'origine son usage n'était pas réservé à la découpe du steak…

Quelle que soit sa longueur, le sabre affiche toujours une belle courbure (ce n'est pas forcément le cas avec l'épée) et il ne tranche que d'un côté. Le samuraï l'utilisait volontiers à deux mains, la main gauche donnant de la puissance pendant que la main droite guidait la trajectoire. Sachez également que le sabre était le dépositaire de l'âme de celui qui le portait. Perdre son sabre était source de déshonneur. Moralité : si vous ne voulez pas passer pour un bouffon au moment de la bataille, ayez toujours votre sabre sur vous, et comme vos authentiques prédécesseurs nippons, n'hésitez pas à dormir avec.

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Traditions & Us et coutumes médiévales Japonaises

 

Chez un ami, un samouraï retire son katana dans la salle d’entrée et le place sur le râtelier prévu à cet effet. Chez un étranger, le samouraï pose son katana devant lui lorsqu’il s’agenouille sur le tatami. S’il est posé sur sa droite, de manière à ne pas pouvoir être dégainé facilement le samouraï affirme implicitement qu’il a confiance en son hôte. S’il la pose sur sa gauche, il laisse entendre qu’il se méfie de son hôte ou que ce dernier doit se méfier de lui. Si l’invité passe dans une autre pièce ou même dans un autre coin de la salle où il se trouve, il emmène son épée. Le wakizashi reste dans son obi, car il est trop court pour le gêner lorsqu’il s’agenouille.

Il est très impoli de poser le katana garde en avant, de manière à ce qu’elle soit face à l’hôte, car cela laisse entendre qu’il est trop maladroit avec cette arme pour s’en emparer et constituer un danger. Il est impoli de la part de l’hôte de porter des épées lorsqu’il reçoit un invité, mais elles se trouvent généralement non loin de là, sur leur râtelier.

Il est très impoli de marcher sur l’épée de quelqu’un au lieu de la contourner ou de la toucher sans la permission de son propriétaire. Les samouraïs dont les fourreaux se touchent par hasard dans les rues encombrées d’une ville dégainent souvent immédiatement et tentent de s’entre-tuer pour effacer l’insulte.

Lorsqu’un samouraï entre dans un théâtre ou dans le quartier des geishas, il laisse ses épées à l’extérieur (à peu prés comme un Occidental laisse son manteau au vestiaire avant d’entrer dans une boîte de nuit).

On parle quelquefois de l’épée d’un samouraï comme de son Âme. Son katana et son wakizashi sont généralement des dons de son seigneur, que ce soit directement ou par l’intermédiaire de l’ancêtre qui les a reçus à l’origine. Perdre son épée ou se la faire voler est une honte qui ne peut être effacée que par le suicide.., ou la récupération de l’arme.

Parmi les Buke, il existe une courtoisie spéciale dans le port et le maniement des deux épées, une marque de rang. Tous les hommes de la caste des Buke ont le droit de porter un Katana et un Wakizashi, le «Daito» et le «Shoto». Portés ensemble, cette paire d’armes est appelée le «Dai-sho»

Tout insulte faite à l’épée est une insulte au porteur de l’arme et ne peut être vengée que par l’utilisation de l’épée. Même toucher le fourreau de l’arme d’un Samouraï est une insulte entraînant un combat. Les rues surpeuplées peuvent alors se transformer en champ de bataille si deux guerriers, dont les fourreaux se sont heurtés quand ils se sont croisés, dégainent leur arme pour venger l’insulte.

Le Katana est porté dans la large ceinture du Buke. Quand il est porté sans intention d’être utilisé, le tranchant de la lame est orienté vers le sol. C’est un signe d’intention pacifique, car dégai­ner en «Iaijutsu», une attaque soudaine, est impossible avec l’arme dans cette position. Porter l’épée avec te tranchant vers le haut est la position normale d’utilisation. Prendre l’arme et la tour­ner en position de combat, en abandonnant la position «paisible», est considéré comme un geste de défi.

En entrant dans une maison, la courtoisie demande que le Samouraï retire le Katana de sa ceinture, toujours dans son fourreau, pour le laisser à l’entrée. Dans les maisons nobles ou riches, une servante attend à la porte pour recevoir les armes. Celles-ci sont rangées dans un râtelier spécial, et sont rendues à leur pos­sesseur quand il part. Dans une maison amie, un visiteur retira son Wakizashi quand il s’assoit face à son hôte, le posant à côté de lui. Dans une maison où la situation est plus tendue, l’invité garde son arme la plus courte.

En présence d’un Daimyo, seuls ses gardes personnels et ses fidèles les plus éprouvés ont le droit de garder leur Katana. Une des plus grandes marques de confiance qu’un Daimyo peut accorder est le droit de venir en sa présence en étant complètement armé.

From http://gctm.free.fr/bushido/jpcoutumes.htm

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Le sabre

Le sabre japonais est intimement lié à l’histoire du Japon féodal, car il est le symbole même du samouraï. Il a subi de nombreuses transformations au cours de son évolution, pour donner un instrument remarquable par ses qualités.

En effet, le caractère exceptionnel du sabre japonais, par rapport aux autres sabres traditionnels que l’on peut trouver aux quatre coins du monde, réside dans le fait que les fabricants japonais ont su concilier trois notions opposées mais importantes pour faire un bon sabre, c’est-à-dire la rigidité, la robustesse, et la finesse de la coupe. La robustesse implique l’utilisation d’un métal léger mais solide, comme le fer, tandis que la rigidité et la capacité de coupe sont maximales avec l’emploi d’acier bien dur. Les forgerons japonais ont su harmoniser ces caractères pour donner un type de sabre remarquable.
La fabrication traditionnelle d’un sabre japonais revêt une dimension religieuse très forte, car elle est ponctuée par de nombreux rites shintoïstes de purification que pratique le fabricant. En effet, le sabre, au Japon, possède un statut presque spirituel; il est sensé avoir une âme, qui lui a été insufflée par l’artisan, d’où l’importance de ces rites.

Ainsi, on dit que les sabres ne se comportent pas tous de la même manière. Celui qui les manie peut leur trouver un « caractère » bien spécial, déterminé en fonction non seulement du degré d’habileté du forgeron, mais aussi de son niveau spirituel. Il existe plusieurs types de sabres, variant par leur forme et leur longueur :

Le Tachi

Le Katana

Le Wakizacki

Pour les entraînements en club, on utilise généralement un bokken - un sabre de bois - de mêmes caractéristiques qu’un véritable sabre (outre son tranchant, bien sûr). Notons que cela ne signifie pas qu’il soit inoffensif, puisqu’il pouvait à l’occasion être utilisé en combat réel. Le Fondateur s’est énormément intéressé à la pratique du sabre dans l’aïkido. C’est surtout après la 2e Guerre Mondiale qu’il a développé cette pratique, alors qu’il s’était retiré à Iwama.

La connaissance du sabre est en effet très importante, car elle peut directement influencer la pratique à mains nues. Beaucoup de mouvements à mains nues sont issus de l’art du sabre, et une compréhension profonde de techniques, comme par exemple shihonage, ne peut se faire sans la perception d’une étroite liaison avec le mouvement d’un sabre que l’on tiendrait en même temps que l’on exécute le mouvement. Dans la pratique de l’aïkido comme dans d’autres arts martiaux, toute arme ne constitue qu’une prolongation des membres naturels du corps. Il en est de même pour le sabre, qui, bien intégré dans la pratique, revêt une dimension spirituelle importante.

Selon Maître Ueshiba, « le sabre est par essence l’âme du guerrier, une manifestation de la véritable nature de l’univers. Ainsi quand vous dégainez le sabre, c’est votre âme que vous tenez dans vos mains. Sachez-le, deux guerriers qui se font face en brandissant leur sabre sont comme des flambeaux, ils entrent ensemble, corps et esprit mêlés, dans un monde qu’il faut débarrasser du mensonge et du mal. Celui qui vient pour s’opposer à lui sur le Grand Chemin de la maîtrise du sabre permet au guerrier que la divinité inspire, de faire agir les Principes Universels. Il favorise l’harmonisation de tous les éléments du ciel et de la terre, du corps et de l’esprit, éternelles splendeurs. »

C’est également un excellent moyen pour se sensibiliser à la notion de maai et de deai, c’est-à-dire la gestion de l’espace-temps qui sépare les deux adversaires.

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"Le sabre est mon refuge. Chaque fois que ma passion menace
de me submerger, je me force à retourner dans l'univers
du sabre. C'est ma destinée, Otsu. Je suis déchiré entre
l'amour et l'autodiscipline. Il semble que je suive deux voies
à la fois. Pourtant, lorsque les voies divergent, invariablement
je parviens à me maintenir sur la bonne... Je me connais mieux
que personne d'autre ne me connaît. Je ne suis ni un génie,
ni un grand homme."

Miyamoto Musashi à Otsu dans La Pierre et le sabre

Kamae

Dans le Budo, on dit souvent : « ce qui est important est Kamae ». Kamae n'est pas propre au Budo, il appartient aussi à d'autres arts : fleurs, calligraphie, thé. Dans le football, la boxe, le tennis, kamae est également important. Dans la langue japonaise kamae a pour sens : se préparer, se mettre en garde. Le verbe kamaeru se traduit par fabriquer, construire, préparer, attendre avec intensité, être a l'affût, sur le qui-vive.

L'idéogramme chinois de kamae est construit de la clé « bois », la suite de l'idéogramme représente un tenon et une mortaise qui rappellent l'assemblage indissociable de la charpente. Ainsi le kamae dont on parle en Budo consiste à prendre par rapport à Aite la position la plus avantageuse possible. Que, porteur d'une arme, on se trouve en face d'un adversaire ou que deux armées soient face à face, en toutes circonstances kamae est important.

On ne peut pas traduire simplement kamae par forme. Il est inutile de rappeler que kamae contient à la fois les forces du ki et le pouvoir de percevoir tous les détails. Au kendo, le kamae du kendo ; au judo le kamae du judo ; au tennis le kamae du tennis ; en aikido on utilise hammi no kamae (garde de profil).

A partir d'une bonne position naturelle (shizentai) debout, jambes écartées à la largeur des épaules, le pied gauche avance alors que le pied droit naturellement entraîné, pivote. Nous avons la garde à gauche : hidari hammi. Inversement, nous avons la garde à droite : migi hammi.

Si les deux adversaires prennent la même garde, pied droit ou pied gauche en avant, nous obtenons : ai hammi no kamae. Si au contraire, les deux adversaires ont une garde opposée l'un le pied droit en avant, l'autre le pied gauche ou inversement, nous disons gyaku hammi no kamae. Maintenant, si dans hidari (ou migi) hammi le pied gauche (ou le droit avance d'un pas comme dans irimi et que le pied arrière suive, le gros orteil dans l'alignement du talon et du pouce du pied gauche (ou droit) avancé, nous sommes dans la posture ou garde, dit : hitoemi ou ura sankaku.

Avec le sabre on utilise migi hammi. Avec le jo ou a mains nues la garde de base (fondamentale) est la garde à gauche hidari hammi. Pourquoi hitoemi est la garde fondamentale de l'aikido ? Parce que hitoemi permet de se mouvoir facilement face à n'importe quelle attaque et, de là, pratiquer toutes les techniques et de les assimiler. Néanmoins, il faut en arriver à dépasser le kamae, le véritable kamae est le kamae sans kamae, de manière à ce que vous puissiez trouver la bonne réponse, quelle que soit l'attaque, n'importe où, n'importe quand, à partir de n'importe quelle position.

0 Senseï dit : « Ne regardez pas les yeux de Aite, le coeur se fait aspirer par les yeux de Aite, ne regardez pas le sabre de Aite, l'esprit se fait aspirer par le sabre de Aite, ne regardez pas Aite, vous absorberiez le ki de Aite ». Le Bu de vérité est une pratique visant à absorber Aite dans sa totalité. « Je me tiens debout tout simplement ».

Je livre cela à vos réflexions. Tirez-en la substantifique moëlle.

Extrait du livre de Maître Tamura : AIKIDO

Harmoniser les énergies avec l'aïkido

Fondé par Morihei Ueshiba (1883-1969), l’Aïkido, dont le nom est tiré de Aï (harmonie), de Ki (énergie), et de Do (voie), est la voie de l'harmonisation des énergies.

Par Alexandre Koehler

Les Traditions spirituelles à l'origine de l'Aïkido

Certes, la part de la légende est grande, en ce qui concerne la genèse de l'Aïkido, mais ce que l'on ne peut nier c'est l'implication de Ueshiba dans la Tradition spirituelle universelle et, plus particulièrement, dans les religions du Japon.

La première, le Shinto, insiste très nettement sur la pureté et la purification, d'où une grande propension des Japonais à la propreté, à l'abstinence ou aux offrandes.

La deuxième, le Bouddhisme, repose essentiellement sur la nécessité de s'affranchir de l'illusion et de la souffrance qu'elle engendre, notamment en prenant conscience de l'impermanence de tous les phénomènes.

L'influence du Taoïsme, également, n'est pas absente de l'Aïkido, avec son principe unique s'exprimant dans le mouvement Yin-Yang, et sa recherche de la perfection.

Le Confucianisme, lui aussi, intervient dans les aspects les plus sociaux de l'Aïkido, depuis le contrôle constant de soi-même, jusqu'au respect des rites et de l'ordre.

Enfin, le Bushido, la Voie du guerrier, d'ailleurs directement issue du Confucianisme, reste importante dans l'Aïkido comme dans tous les arts martiaux. Cela dit, l'influence du Bushido ne s'est émment pas exercée dans le sens du mépris de la vie d'autrui, tel qu'il existait indéniablement chez les Samouraï et tel qu'il serait complètement incompatible avec l'aspect Zen de l'Aïkido, mais bien au contraire dans le sens du détachement vis-à-vis de sa propre vie et des biens de ce monde.

 

L'Aïkido permet de s'adapter

Face aux changements rapides et nombreux imposés par la société actuelle, l'Aïkido est non seulement un fabuleux tampon à stress, mais aussi une véritable école de souplesse mentale.

Face aux déséquilibres constants suscités par la vie familiale ou professionnelle modernes, l'Aïkido apporte une harmonie et une énergie autorisant un fonctionnement normal dans des contextes finalement assez anormaux.

Plus encore, l'Aïkido aide l'individu à vivre ici et maintenant, et à profiter dans l'instant de chaque moment, par essence transitoire, de l'existence. Au contraire de l'homme névrosé qui croit que son bonheur dépend de l'accumulation de ses possessions, l'aïkidoka comprend qu'il ne vivra pleinement qu'en étant en phase avec le mouvement constamment changeant de la vie. Ainsi capable de s'adapter aux fluctuations de l'existence, cet individu gagne l'indépendance.

Retourner à soi-même

Art martial du siècle, l'Aïkido, pour le moins qu'on en puisse dire, convient tout particulièrement à l'occidental moderne. Jamais, en effet, l'homme n'avait été aussi affairé, ni n'avait rejeté avec autant d'acharnement la connaissance de lui-même. Jamais, non plus, il ne s'était senti aussi mal dans sa peau, avec la très désagréable impression de passer à côté de sa propre vie. Pire encore : à cette angoisse il oppose alcoolisme, tabagisme ou excès de médicaments psychotropes, et finit ainsi par épuiser toute son énergie et à plonger dans une dépression dont le nombre de cas augmente de jour en jour.

Fort heureusement, il arrive parfois que les philosophies ou les techniques orientales croisent le chemin de cet Occidental stressé, et lui enseignent une certaine sérénité.

Dans le cas de l'Aïkido, le premier enseignement porte sur la capacité à s'adapter ou, mieux encore, à s'identifier à l'attaque, plutôt que céder à la facilité de s'y opposer et de résister. Ne serait-ce que cette aptitude est suffisante à déterminer un apaisement radical de la tension engendrée par les résistances constantes que l'Occidental a pris l'habitude d'opposer à autrui, aux changements, aux événements, à l'inconnu, etc.

Le second enseignement concerne le mouvement de retour à la source de soi-même, qui s'acquiert au fil de la pratique. Cette introversion de l'attention amène l'individu non seulement à une plus grande connaissance de ses possibilités réelles, mais aussi à un relatif détachement vis-à-vis du monde extérieur.

Bien sûr, il ne s'agit pas de confondre l'Aïkido avec la voie du moine errant ou de l'ascète. Le propos reste ici d'être dans le monde, mais d'y être dans la plus grande harmonie possible… même lorsque, comme c'est le cas de nos jours, le monde est devenu particulièrement inharmonieux. En fait, c'est véritablement à une prise de conscience des illusions entretenues par un esprit trop conforme au moule psychosocial, que cet Aïkido, si profondément inspiré par le Zen, peut amener le pratiquant. En d'autres termes, plutôt que de continuer à souffrir personnellement des incohérences du système socioculturel, l'individu en découvre progressivement les mécanismes, et s'en rend libre.

Et c'est donc en toute connaissance de cause, qu'il entreprend désormais ses actions, soit en refusant de participer à ce qu'il juge par trop malsain, soit en maîtrisant ses facultés et en s'adaptant au mieux à chaque situation.

L'individuation

Ce à quoi tend la pratique de l'Aïkido, c'est à détruire progressivement les images que l'on s'est fait de soi-même, pour laisser la place libre au véritable soi-même.

En cultivant un certain calme méditatif, l'adepte descend en lui-même jusqu'à parvenir à s'identifier avec son être global qui, seul, est capable de l'action unifiante qui spécifie la pratique de l'art martial. Il ne devrait donc être nullement question, dans l'Aïkido, de travailler la cohérence du geste pour atteindre à l'efficacité, mais bien de découvrir la véritable identité de l'être, avec, pour conséquences, la cohérence et l'efficacité.

En effet, qui se connaît s'unifie, devient un véritable individu, au sens étymologique du terme, c'est à dire un soi indivisible ; et par conséquent parvient à harmoniser ses différentes fonctions, puis à canaliser l'ensemble de ses énergies vers un but unique : l'unification, plus large, de l'individu avec le cosmos… et, bien sûr, avec ses semblables.

Ce que recherchait Ueshiba, en créant l'Aïkido, c'était bien une méthode qui permette de prendre conscience de son individualité, de l'harmoniser et de la fusionner dans une Conscience plus grande. Dans un premier temps, l'adepte va émment pouvoir laisser s'exprimer ses tendances les plus négatives, mais seulement dans des situations où il lui sera possible de percevoir à quel point elles s'avèrent inappropriées. A force de remettre ainsi en cause son ego, le pratiquant commencera à mieux le cerner, à mieux le définir et, partant, à mieux le discipliner. Au bout d'un certain temps, désir de puissance, agressivité, égoïsme et autres tendances malsaines s'assagiront ; et le moi pourra s'intégrer tout naturellement dans un ensemble de tendances plus saines, telles que la fraternité et la solidarité.

Et c'est, enfin, au-delà de ce stade que peut commencer la quête de l'harmonie universelle.

Fudoshin

FU : préfixe négatif de la langue japonaise
DO : mouvement, voie
SHIN : esprit

Cette notion exprime l’esprit dont le cours ne peut être dévié, ni arrêté. L’être humain, d’une manière générale, subit les événements plutôt qu’il ne les contrôle. Il est à la merci de ses sensations et de ses émotions. Comme un bateau sans gouvernail, il jubile ou déprime selon qu’il est sur la crête ou au creux de la vague. Même sur une mer calme, il se laisse entraîner par le courant dominant dans une direction dont il finira par se persuader que c'est lui qui l'a choisie.

C’est peut-être une image un peu sombre de notre destinée, elle n’en n’est pas moins le reflet de la vérité. Il suffit de regarder autour de soi (ou dans un miroir) pour s’en convaincre.

 

L'esprit du Kyudo, par Earl Hartman

La pratique constante, seule voie pour comprendre le kyudo.

Fudoshin - l'esprit immuable

Quand ça se produit, peurs et doutes disparaissent, qui sont remplacés par une certitude et une confiance inébranlables. L'esprit qui, au plus profond de vos os, sait vraiment que tout est bien, qu'il n'y a aucune raison de se dépêcher, d'être agité, d'avoir peur ou d'hésiter s'appelle "heijoshin", ou l'esprit de tous les jours, l'esprit qui peut faire face à tout avec calme et équanimité. On l'appelle aussi "fudoshin", l'esprit immuable, l'esprit qui est si clair et limpide que rien ne peut l'émouvoir. Puissance, énergie et vitalité extraordinaires sont déchaînées quand l'esprit est ainsi libéré. Fudoshin est personnifié par la divinité bouddhiste Fudo-Myo-O, l'Immuable Roi Lumineux, enveloppé d'un manteau de flammes et brandissant une épée et une corde pour pourfendre et attacher les maux et les illusions. Parce qu'il voit chaque chose telle qu'elle est, l'esprit immuable n'héberge ni hésitation, ni confusion, ni doute ou malhonnêteté, et donc ne craint rien. Comme une force de la nature irrésistible qui balaye tout sur son passage, cet esprit est invincible. Rien ne peut l'arrêter, et rien n'est au-delà de ses possibilités.

Fudoshin est ainsi décrit dans une strophe du Fudoshin Shinmyoroku (Registre Divin de la Sagesse Immuable) enseigné par le prêtre Zen Takuan : "La vraie tranquillité, c'est conserver un esprit tranquille alors qu'il se meut dans une myriade de directions au milieu du vacarme et du tumulte. La tranquillité dans la tranquillité n'est pas la vraie tranquillité. C'est la tranquillité dans l'action qui est la vraie tranquillité" (1).

On peut se demander ce que sont le vacarme et le tumulte dans le kyudo : le kyudo n'est il pas en effet parmi les activités les plus tranquilles. En fait le vacarme ne vient pas de l'extérieur, mais bien de l'intérieur, de la cible dans votre esprit, "agitée et tumultueuse et jamais au repos". Quand vous tirez, vous êtes toujours assaillis de doutes et de craintes qui sapent votre force et votre vitalité. "Vais-je toucher la cible et gagner la compétition ? Vais-je réussir cet examen ? Que va-t-il se passer si j'échoue ? Vais-je échouer à l'examen ou perdre la compétition ? Est-ce que mon professeur va me féliciter ou réprimander ? Suis-je un bon ou un mauvais tireur ? Qu'est-ce que les gens vont penser de moi ? Est-ce que je suis meilleur ou pire qu'untel ?" Fudoshin tranche dans la masse de ces fantômes de l'esprit, ne laissant rien subsister, comme s'ils n'avaient jamais existé. Tout ce qui reste c'est la puissance sans borne de l'esprit immuable, et l'incandescence du tir pur, la"pluie d'étincelles jaillissant du choc de l'acier sur la pierre".

J'insiste sur le fait que bien que des gens voient cet état d'esprit d'une manière exagérément romantique, il a cependant des applications très pratiques pour le tir. Cet esprit génère le tir sans faille, et le résultat de votre tir montrera clairement si vous l'avez atteint ou pas. De fait vous ne pouvez l'atteindre que par le tir, et quand vous l'atteignez votre tir est parfait.

C'est extraordinairement difficile et demande un effort extrême. Ainsi qu'il est clair dans les mots de Kaminaga Hanshi, vous ne pouvez pas espérer l'atteindre à moins d'avoir le courage de vous élever au-delà des limites du découragement, de vous absorber avec une détermination absolue dans la recherche de l'état de ishha zetsumeï, où le vrai tir se révèle de lui-même dans le muhatsu no hatsu. Ce lâcher apparemment inconscient n'est donc pas sans effort au sens où il viendrait de quelque part à l'extérieur de vous, comme un cadeau ou une grâce, ou comme la pomme qui tombe sur les genoux de Newton pendant qu'il attend, inconscient de ce qui se passe. C'est plutôt le résultat de vos efforts pour entrer dans cet état physique et mental qui permet au vrai tir de se produire naturellement. Ce qui ne peut se produire que quand vous avez le courage de faire confiance au tir, d'abandonner vos désirs qui lui sont attachés, et de "laisser faire la volonté du Ciel". C'est ce qui va créer votre symbiose avec le kyudo, où vous devenez le réceptacle de l'expression de votre art. En cas de succès vous serez naturellement en possession du calme mental, de la puissance spirituelle, de la concentration mentale et spirituelle, et de la résolution dont parle Murakami Hanshi. Puisque savoir et agir ne font qu'un, le flux naturel du tir n'est jamais interrompu et l'occasion idéale jamais manquée. Un tel tir ne manque jamais.

1. Kyudo Manual, vol IV, page 181, d'après la traduction en anglais de E.Hartman

Le Centre

L’aikidô se réfère constamment au hara, le centre de gravité considéré comme un point de concentration de l'énergie, et au ki, l'énergie intérieure, qu’on traduit aussi par « force » ou « souffle de vie ».

Un bon placement et une bonne posture reflètent un état d’esprit correct. La clé d’une technique correcte est de garder mains, pieds et hanches en ligne et centrés. Si vous êtes centré, vous pouvez bouger librement. Le centre physique est le ventre ; si votre esprit est placé au même endroit, vous êtes assuré de la victoire en toute circonstance.

La clé de la bonne technique, c est de garder vos mains, vos hanches et vos pieds droits et centrés. Si vous êtes centrés, vous pouvez bouger plus librement. Le centre physique est votre ventre. Si votre esprit est ordonné ainsi, vous êtes assurés de la victoire en toutes circonstances.

Morihei Ueshiba

Bushidô

INTRO

Un jour, un samourai se trouva sous une terrible averse. Alors qu'on lui offrait de quoi se protéger de la pluie, il refusa en disant : « c'est une pluie de Printemps : qu'elle me mouille donc.» Le « do » de « Bushido » est le même que celui de Judo, Kendo ou Aikido. Il signifie : « voie », « chemin ». « Bushido » signifie par conséquent : le chemin du samourai, la voie du guerrier. Cela peut sembler curieux, mais se laisser tremper par une averse printanière fait également partie du Bushido. Le Bushido est une discipline mentale très stricte qui consiste à vivre de la manière jugée correcte par les samourai. En d'autres termes, il s'agit de vivre comme un guerrier, en temps de paix.

DEFINITION

Bu : martial
Shi : guerrier
Do : la voie

Code d’honneur et de comportement social qui exigeait du guerrier, Bushi ou Samouraï – ce dernier étant d’un rang plus élevé, le sens de la justice et de l’honnêteté, le courage et le mépris de la mort, la sympathie envers tous, la politesse et le respect de l’étiquette, la sincérité et le respect de la parole donnée, la loyauté absolue envers les supérieurs et enfin la défense de l’honneur, du nom et du clan. Selon ce code, les Bushi, et plus particulièrement les Samouraï, devaient observer une étiquette sévère et consacrer leur vie et leur esprit à une ou des activités ‘dépassant l’homme ordinaire’ et transcendant la vie et la mort. Le bushidô est une manière d’être, de se comporter envers ses semblables, et une fidélité absolue à une ligne de vie (autrefois à un maître, à un supérieur), qui faisait appel au respect de soi et des autres, quels qu’ils fussent, faibles ou forts, ainsi qu’à la maîtrise parfaite de son mental, de ses pulsions et de ses passions, afin de maintenir l’esprit en harmonie (Wa) avec l’univers. Il est ént que cet idéal n’était atteint que très rarement.

D’après Louis Frédéric, Dictionnaire des Arts Martiaux (éd. Félin).

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Le code moral est un condensé du BUSHIDO (la voie du guerrier), code d'honneur et de morale traditionnelle qui régit l'ensemble des arts martiaux.

Honneur et fidélité sont les deux vertus les plus marquantes de cette morale, mais aussi loyauté, droiture, courage, bonté et bienveillance, sincérité, respect et politesse, modestie et humilité, et, en toutes circonstances, contrôle de soi.

Le devoir de chacun, qu'il soit pratiquant, dirigeant ou enseignant est de s’imprégner de ces principes afin d’être un exemple vivant. Il devra être un ambassadeur de la discipline et de l'esprit auquel il se réfère.

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LES 9 VERTUS DU BUSHIDO

L'HONNEUR - MEIYO

C’est la qualité essentielle. Nul ne peut se prétendre Budoka (guerrier au sens noble du terme) s'il n'a pas une conduite honorable. Du sens de l'honneur découlent toutes les autre vertus. il exige le respect du code moral et la poursuite d'un idéal, de manière à toujours avoir un comportement digne et respectable. il conditionne notre attitude et manière d'être vis à vis des autres.

LA FIDELITE - CHUJITSU

Il n'y a pas d'honneur sans fidélité et loyauté à l'égard de certain idéaux et de ceux qui les partagent. La fidélité symbolise la nécessité incontournable de tenir ses promesses et remplir ses engagements. La fidélité nécessite la sincérité dans les paroles et dans les actes.

LA SINCERITE - SEIJITSU

Le mensonge et l'équivoque engendrent la suspicion qui est la: source de toutes les désunions. Dans les Arts Martiaux, le salut est l'expression de cette sincérité, c'est le signe de celui qui ne déguise ni ses sentiments, ni ses pensées, de celui qui sait être authentique.

LE COURAGE - YUUKI

 

La force d'âme qui fait braver le danger et la souffrance s'appelle le courage. Ce courage qui nous pousse à faire respecter, en toutes circonstances, ce qui nous paraît juste, et qui nous permet, malgré nos peurs et nos craintes, d'affronter toutes les épreuves. La bravoure, l'ardeur et surtout la volonté sont les supports de ce courage.

LA BONTE ET LA BIENVEILLANCE - SHINSETSU

La bonté et la bienveillance sont des marques de courage qui dénotent une haute humanité. Elles nous poussent à l'entraide, à être attentif à notre prochain et à notre environnement, à être respectueux de la vie.

LA MODESTIE ET L'HUMILITE - KEN

La bonté et la bienveillance ne peuvent s'exprimer sincèrement sans modération dans l'appréciation de soi-même. Savoir être humble, exempt d'orgueil et de vanité, sans faux-semblant est le seul garant de la modestie.

LA DROITURE - TADASHI

C'est suivre la ligne du devoir et ne jamais s'en écarter. Loyauté, honnêteté et sincérité sont les piliers de cette droiture. Elles nous permettent de prendre sans aucune faiblesse une décision juste et raisonnable. La droiture engendre le respect à 1'égard des autres et de la part des autres. La politesse et l'expression de ce respect dû à autrui.

LE RESPECT - SONCHOO

Quelles que soient ses qualités, ses faiblesses ou sa position sociale. Savoir traiter les personnes et les choses avec déférence et respecter le sacré est le premier devoir d'un Budoka car cela permet d'éviter de nombreuses querelles et conflits.

LE CONTROLE DE SOI - SEIGYO

Cela doit être la qualité essentielle de toute ceinture noire. il représente la possibilité de maîtriser nos sentiments, nos pulsions et de contrôler notre instinct. C'est l'un des principaux objectifs de la pratique des Arts Martiaux car, il conditionne toute notre efficacité. Le code d'honneur et de la morale traditionnelle enseignée dans les discipline du Bushido est basé sur l'acquisition de cette maîtrise.

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Quelques règles de vie :

  • Le vrai courage consiste à vivre quand il est juste de vivre, à mourir quand il est juste de mourir.
  • Il faut songer à la mort avec la conscience vive de ce qu'exige l'honneur d'un samuraï, peser chaque parole avant de la prononcer, se demander avant de répondre si ce que l'on a à dire est vrai.
  • Manger avec modération, éviter la volupté.
  • Après les tâches quotidiennes, se souvenir du mot Mort, ne pas faillir de le mettre en son coeur.
  • Un homme qui méconnaît la vertu n'est pas un samuraï. Pour tout homme, les parents sont comme la tige de son propre corps, lui-même est branche consanguine de ses parents.
  • Respecter la règle de la tige et de branches ; l'oublier, c'est ne jamais parvenir à comprendre ce qu'est la vertu. - Un samuraï se conduira en fils et en sujet fidèle. Il ne quittera pas son suzerain, quand bien même le nombre de ses sujets passerait de cent à dix, de dix à un.
  • En temps de guerre, le témoignage de sa loyauté consistera à se porter s'il le faut au-devant des flèches ennemies sans faire cas de sa vie.
  • Loyauté, esprit de justice, bravoure sont les trois vertus naturelles du samuraï.
  • Un samuraï, où qu'il dorme, ne doit pas mettre les jambes dans la direction du logement de son suzerain. De même, quand il s'exerce au tir à l'arc, il ne doit pas pointer ni lancer sa flèche dans la direction de son suzerain, ou encore quand il pose sa lance.
  • Le faucon ne pique pas les épis, même quand il meurt de faim. De même un samuraï se servant d'un cure-dents fera-t-il semblant de s'être régalé, même quand il n'a pas mangé.
  • Si à la guerre un samuraï perd le combat et s'il est obligé de livrer sa tête, il manifestera hardiment son nom à l'appel de l'ennemi et mourra en souriant, sans aucune vile allure.
  • Etant gravement blessé, si gravement qu'aucune opération chirurgicale ne puisse le guérir, il parlera correctement devant ses supérieurs et ses pairs et mourra avec sang-froid, se rendant bien compte de l'état de sa blessure.
  • Un samuraï qui ne serait que fort n'est pas admissible. Sans parler de la nécessité des études en science, il faut qu'il profite de ses loisirs pour s'exercer à la poésie et comprendre la cérémonie du thé.

Matsu Tsuko

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POUR ALLER PLUS LOIN

Ravale ton orgueil, et ne laisse pas tes sentiments te trahir

« Utilise un cure dents même quand ton estomac est vide ». Un proverbe qui signifie à peu près la même chose que : « il vaut mieux se coucher sans souper que se réveiller endetté.» Etre pauvre n'était pas considéré comme honteux par les samourai : en fait, les samourait riches représentaient plus l'exception que la règle. Mais avoir l'air pauvre était un motif de honte. Il en va de même des émotions : le samourai ne pleure pas, à moins que sa mère ou son père ne meure. Il n'exprime pas ouvertement ses sentiments, et n'embarrasse jamais les autres en le faisant. Un samourai ne se pardonnerait jamais de susciter la pitié chez autrui.

Sois prêt au combat, partout, toujours

On dit qu'il existait un samourai qui était si pauvre qu'il devait travailler dans les champs pour gagner sa vie. Cependant, il portait toujours son épée et ses jambières : ainsi, si l'on faisait appel à lui, il n'avait pas besoin d'aller chercher son équipement. Un samourai est un soldat avant tout, où qu'il soit, et à chaque instant. Ne dormez pas avec le bras gauche sous le corps ( ou le droit, si vous êtes gaucher ). Si on vous attaque dans votre lit, vous pouvez éviter le premier coup avec le bras gauche, avant de saisir votre arme avec votre main dominante. ET n'oubliez pas de vérifier qu'il existe une sortie de secours avant de vous endormir dans une auberge ou un relais.

L'argent est sale

L'argent est une chose répugnante pour le samourai. L'évoquer simplement, ou même y penser est un comportement indigne. Désirer gagner de l'argent est hors de question. Une fois qu'on a de l'argent, on en veut plus, et on a peur de perdre ce que l'on a déjà. On s'attache alors à l'argent, et même à la vie… Dans de telles dispositions, on ne peut plus combattre bravement, et ce qui est pire : on peut perdre une occasion de mourir quand cela est requis. Les samourai ne devraient jamais avoir plus que le strict minimum.

Sois mort

« Le Bushido enseigne comment mourir ». C'est sans doute exact, mais il est toujours dangereux de simplifier. Le Bushido, ce n'est pas une course à la mort. L'un des tabous du samourai est l'égoïsme. Il faut se séparer de bien des choses, de l'argent, et parfois même de sa famille, si l'on décide de vivre sans désir. Et la dernière chose que l'on perd, c'est soi-même. On dit qu'un samourai avait l'habitude d'imaginer sa mort chaque nuit avant de se coucher. Il essayait de s'accoutumer à la mort petit à petit. Après quelques années, il était « mentalement mort » : les ennemis le craignaient plus que tout autre, car un cadavre n'a pas peur de mourir. Un samourai peut choisir de mourir sans la moindre hésitation plutôt que de ternir son nom. Mais il ne s'agit en aucun cas de mépris de la mort, ni d'une attitude de déni. Le samourai, comme tout autre, peut très bien avoir peur de la mort. Malgré cela, il n'hésite pas à donner sa vie. La manière de mourir, l'art de mourir, était le même que l'art de vivre pour le samourai. Si tu veux être samourai, sois mort, tout en continuant à jouir de la vie.

La voie du samourai est un long chemin...

Quatre Budo : Pour atteindre l'essence des Arts Martiaux Japonais

Le terme de Budô (voie martiale) est récent au Japon, puisqu'il date de l'ère Meiji (1868-1912). Il désigne la recherche de la maîtrise d'une arme, non plus pour tuer, mais pour purifier son propre cœur et être en paix avec soi-même, les autres et la Nature. Le Budô inverse la fonction première de l'arme qui, de vecteur de mort, devient vecteur de vie.

Chacune de ces disciplines vise à nous faire comprendre ce que le bouddhisme zen nomme " l'ici et maintenant ". Leur portée va donc bien au-delà de leur lieu de pratique (le dôjo), et s'étend à l'existence même du pratiquant.

Nous aurons l'occasion de voir quatre Budô qui, pour certains, sont quasiment inconnus en France (notamment le Kyûdô, ou voie de l'arc) alors qu'ils jouissent au Japon d'un grand prestige.

Disciplines présentées : le Jodô où deux personnes, l'une armée d'un bâton, l'autre d'un sabre, exécutent des formes. Le Iaïdô, qui se pratique seul avec un sabre. C'est l'art de trancher en dégainant, aussi bien nos propres illusions qu'un adversaire imaginaire. Le Kendô, qui se pratique en armure avec un sabre en bambou (le shinaï) entre deux personnes. Et le Kyûdô : quand la justesse du tir est l'expression de l'unité intérieure, entre le corps, la pensée, et l'univers.

Citations, paroles et philosophie de Moreihei Ueshiba

Quelles que soient les attaques, veuillez les considérez comme des causes secondes. Elles correspondent, en effet, aux rayons d'une roue en mouvement. Si vous sortez de votre centre, votre "invariable milieu", vous allez au devant de l'échec, établissant une stagnation, c'est-à-dire une opposition sur un des rayons de la roue. Vous trouvant alors hors de votre centre, vous n'aurez pas le temps de le regagner, et l'attaque suivante vous sera fatale.

Si votre regard s'arrête et se fige sur l'arme de votre adversaire, vous serez inévitablement atteint, car s'attacher à l'arme de l'ennemi, c'est s'attacher à la blessure. Il faut que votre vision de l'adversaire se distingue de la vision commune et devienne "vision intérieure".

Quand vous faites face à l'ennemi, mettez la distance de "l'eau" entre lui et vous-même. Quand il attaque avec le "feu", il ne peut vous atteindre, parce que vous êtes "enveloppé d'eau" et vous mouvez avec elle.

En aiki, vivez le "présent", c'est l'éternel qui se manifeste en vous-même, et vous fait collaborer à l'amour et à la solidarité que se doivent tous les hommes sur la terre et dans le ciel, c'est-à-dire tous ceux qui ont contribué et contribuent encore à l'ensemencement de la vie. Si vous avez en vous la puissance de la force originelle, nul ne pourra vous atteindre, car vous avez la vraie nature du "KI". Le secret de Aïki est tout simple, il se trouve tout près de chez vous... Mais vous ne le percevez pas. De même que vos yeux sont incapables de découvrir vos sourcils.

Il s'agit en Aïki d'être présent au "présent". Si vous voulez progresser, il est essentiel de libérer votre pensée de votre "moi" objectif. En Aïki votre puissance est subjective. Votre "mental" ne doit jamais intervenir dans l'action, aucune pensée ne doit assaillir votre esprit. Vous serez alors capable de maîtriser "Ten-Chi", c'est-à-dire le ciel et la terre dans votre propre "sphère" qui devient en puissance équivalente au cosmos, comme irréelle et sans pesanteur.

Gagner veut dire gagner sur l'esprit de désaccord en vous-même. Vous avez tort si vous pensez que le budo signifie avoir des adversaires et des ennemis, d'être fort et de les détruire.

Il n'y a ni adversaires ni ennemis pour le vrai budo. Il nous faut seulement un esprit pour servir la paix de tous les êtres humains dans le monde, et non l'esprit de celui qui désire être fort, ou qui s'entraîne seulement pour battre un adversaire.

Aiki. Le terme aiki existe depuis très longtemps. Le ai de aikido est un homophone de ai : aimer. La voie particulière que j'ai parcourue et conquise et dont je suis imprégné, je l'ai nommée aiki-do. Ce que les gens, qui pratiquent les arts martiaux, appellent aiki est fondamentalement différent de ce que je nomme aiki...

Aiki n'est par l'art de la bataille avec l'ennemi ; ce n'est pas une technique de destruction de l'adversaire, c'est la voie de l'harmonisation du monde qui fait de l'humanité une seule maison.

L'aikido est le Bu de vérité, c'est un acte d'amour, c'est la voie de sauvegarde de tous les êtres vivants, c'est le compas qui fait vivre toutes choses ; c'est la manifestation de takemusu qui jusqu'à nos jours a donné naissance aux techniques des arts martiaux. Le Bu qui naît de takemusu se conforme à la loi d'apparition et de développement de toute la création. C'est la Loi qui protège la croissance de toutes choses.

Si l'on peut dire que l'aiki est le Budo de vérité, c'est parce qu'il est issu de l'ordre de l'Univers. Cet Univers s'est divisé à partir du Un.

L'Univers tout entier s'harmonise comme une seule Maison et se présente comme la perfection et la paix. L'aikido qui s'enracine dans une telle conception ne peut être que le Budo d'amour et ne peut donc pas être le Bu de violence.

L'aikido est masakatsu, agatsu, katsu hayahi. Masakatsu c'est vaincre la Vérité. Agatsu, c'est complètement réussir la mission que le ciel nous a donnée. Katsu hayahi, c'est l'ardeur qui permet de vaincre le temps.

Je peux toumer le dos à l'adversaire ; quand l'adversaire m'attaque, il se frappe de par sa propre volonté de m'attaquer. Je suis Un avec l'Univers. Je ne suis rien. Quand je suis là, l'adversaire est aspiré. Dans l'aikido d'Ueshiba, il n'y a ni temps, ni espace, il n'y a que l'Univers. C'est cela katsuhayahi.

Pour celui qui a compris le principe essentiel de l'aikido, l'Univers est en lui ; moi, je suis l'Univers.

Je ne peux pas perdre, quelle que soit la rapidité avec laquelle l'adversaire m'attaque. Ce n'est pas que mes techniques soient plus rapides que celles de l'adversaire, ce n'est pas un problème de rapidité ou de lenteur. Le résultat du combat est décidé depuis le début ; cela signifie que m'attaquer, moi qui suis l'Univers, équivaut à vouloir détruire l'harmonie de l'Univers, donc qu'à l'instant même où l'adversaire éprouve le besoin de se mesurer à moi, il a déjà perdu.

L'aikido est une doctrine de non-résistance ; dans la mesure où il est non-résistant, la victoire est assurée dès le commencement.

Les gens à l'esprit impur, au coeur habité par la violence ont perdu dès avant de commencer.

Ne regardez pas les yeux de Aite, le coeur se fait aspirer par les yeux de Aite ; ne regardez pas le sabre de Aite, l'esprit se fait aspirer par le sabre de Aite, ne regardez pas Aite, vous laisseriez pénétrer en vous le ki de Aite.

Le Bu de vérité est un exercice d'attraction de l'adversaire dans sa totalité.

Quel que soit le moment, quelle que soit l'attaque, je suis paisible. Je n'ai aucun attachement à la vie ou à la mort. Je fais entièrement confiance à la Divinité. Ce n'est pas seulement, sabre à la main, mais à chaque instant qu'il faut trancher l'attachement à la vie et à la mort. Il faut absolument faire confiance à la Divinité.

Je ne me mesure pas aux hommes. A qui donc, alors ? S'il faut répondre, je me mesure à la Divinité.

C'est parce que l'on se mesure aux hommes, faisant et disant des choses futiles, que rien ne va dans ce monde.

Les bons et les méchants forment une Maison dans ce monde harmonieux.

Il faut trancher tous les attachements.

Il ne faut pas se faire un problème de concepts relatifs, comme le bien et le mal.

L'aikido est la voie qui protège la naissance, la croissance et le développement de tous les êtres afin que tous puissent concourir à établir le règne de l'ordre de l'Univers.

L'amour ne combat pas. L'amour n'a pas d'ennemi. Se faire un ennemi, de quoi que ce soit, vouloir le combattre, cela n'est plus le Coeur Divin. Les hommes qui ne suivent pas ce principe ne peuvent pas s'harmoniser avec l'Univers. Le Bu de celui qui ne peut pas s'harmoniser avec l'Univers est le Bu de destruction. Ce n'est pas le takemusu de vérité.

Combattre donc, au moyen des arts martiaux, vaincre ou perdre n'est pas le Bu de vérité. Le Bu de vérité est absolument invincible. Absolument invincible veut dire qu'il n'existe absolument aucun combat. Vaincre veut dire vaincre et détruire en soi l'esprit de combat. C'est accomplir la mission reçue.

Ceux qui pratiquent sincèrement l'aikido doivent ouvrir les yeux du coeur et, par l'aikido, entendre les ordres de la Divinité et les exécuter pleinement. Le misogi du grand Aiki doit être atteint et achevé. Il faut joyeusement exercer son âme. Vous qui avez du coeur, écoutez, s'il vous plaît, la voix de l'aiki !

Il ne s'agit pas de corriger les hommes, mais de corriger son propre coeur, c'est cela l'aikido. C'est l'ordre que vous donne l'aikido et il faut que vous en veniez à vous le donner à vous-même.

La voie de l'aiki est sans limite. Je ne suis moi-même, et toujours, qu'un pratiquant (Le fondateur avait alors 80 ans).

Que ce soit dans les arts martiaux ou dans les beaux arts, pénétrer au coeur de la voie n'est pas chose facile.

Il est indispensable en aikido de saisir toutes les lois naturelles de l'Univers ; par exemple, il faut connaître et utiliser la rotation de la terre, il faut comprendre toutes les structures. C'est là le travail d'une vie.

En aikido, il n'y a pas de fin. La voie est sans limite, c'est une fontaine inépuisable.

Le principe essentiel de l'aikido est de s'harmoniser avec le mouvement de l'Univers : c'est devenir Un avec l'Univers même.

Un coup en Aïkido peut décider de la vie ou de la mort. Durant la pratique, obéissez aux instructions de celui qui dirige le Cours. Ne transformez pas la pratique en un absurde test de force ! L'Aïkido est une voie par laquelle au moyen du KOKYU on peut atteindre les DIX MILLE ETRES. Même avec un seul adversaire, il ne faut pas uniquement se préoccuper de ce qui est devant, il est nécessaire de pratiquer en étant attentif aux quatre, aux huit directions. Il faut travailler dans la joie ! Les enseignements de celui qui donne le cours ne représentent qu'un fragment de l'Aïkido. Quand, par la recherche, et l'entraînement quotidien et constant de soi-même, vous serez parvenu à la connaissance par le corps, le véritable usage des merveilles de l'Aïkido vous sera permis. L'entraînement journalier commence par TAI NO HENKA, ensuite on pratique de plus en plus intensivement sans dépasser ses limites, ce qui permet à des personnes âgées de pratiquer sans risque de se blesser et d'atteindre le but de la pratique.

O'sensei

L'aikido est la concretisation de l'amour. Si vous pensez qu'art martial signifie avoir des adversaires et des ennemis. être fort et les battre vous faites erreur... Le véritable esprit des arts martiaux est de ne faire qu'un avec l'univers et de ne pas avoir d'ennemis... Proteger toutes les créatures de l'univers avec amour est l'essence meme des arts martiaux. Ne jamais être vaincu signifie ne jamais se battre... Ce n'est pas simplement une théorie. Lorsque vous la mettrez en pratique vous admettrez la grande puissance de l'unité avec la nature... L'aikido n'est pas une technique pour se battre et éliminer un enemi, c'est une voix pour reconcilier le monde et rassembler les hommes en une meme famille... Le secret de l'aikido est d'etre en harmonie avec les mouvements de l'univers et en accord avec l'univers lui meme... L'aikido est la non resistance et comme il est non resistant il est toujours victorieux... Ceux qui ont un esprit perverti, un esprit agressif ont perdu d'avance... Il n'y a pas de conflit dans l'amour. Un esprit agressif qui croit en l'existence d'un enemi n'est pas en harmonie avec l'esprit de l'univers. Ceux qui ne sont pas d'accord avec cela ne peuvent pas atteindre cette harmonie..

O'sensei

Aiki. Le terme aiki existe depuis très longtemps. Le ai de aikido est un homophone de ai : aimer.

La voie particulière que j'ai parcourue et conquise et dont je suis imprégné, je l'ai nommée aiki-do. Ce que les gens, qui pratiquent les arts martiaux, appellent aiki est fonda mentalement différent de ce que je nomme aiki...

Aiki n'est par l'art de la bataille avec l'ennemi ; ce n'est pas une technique de destruction de l'adversaire, c'est la voie de l'harmonisation du monde qui fait de l'humanité une seule maison.

L'aikido est le Bu de vérité, c'est un acte d'amour, c'est la voie de sauvegarde de tous les êtres vivants, c'est le compas qui fait vivre toutes choses ; c'est la manifestation de takemusu qui jusqu'à nos jours a donné naissance aux techniques des arts martiaux. Le Bu qui naît de takemusu se conforme à la loi d'apparition et de développement de toute la création. C'est la Loi qui protège la croissance de toutes choses.

Si l'on peut dire que l'aiki est le Budo de vérité, c'est parce qu'il est issu de l'ordre de l'Univers. Cet Univers s'est divisé à partir du Un.

L'Univers tout entier s'harmonise comme une seule Maison et se présente comme la perfection et la paix. L'aikido qui s'enracine dans une telle conception ne peut être que le Budo d'amour et ne peut donc pas être le Bu de violence.

L'aikido est masakatsu, agatsu, katsu hayahi. Masakatsu c'est vaincre la Vérité. Agatsu, c'est complètement réussir la mission que le ciel nous a donnée. Katsu hayahi, c'est l'ardeur qui permet de vaincre le temps.

Je peux toumer le dos à l'adversaire ; quand l'adversaire m'attaque, il se frappe de par sa propre volonté de m'attaquer. Je suis Un avec l'Univers. Je ne suis rien. Quand je suis là, l'adversaire est aspiré. Dans l'aikido d'Ueshiba, il n'y a ni temps, ni espace, il n'y a que l'Univers. C'est cela katsuhayahi.

Pour celui qui a compris le principe essentiel de l'aikido, l'Univers est en lui ; moi, je suis l'Univers.

Je ne peux pas perdre, quelle que soit la rapidité avec laquelle 1'adversaire m'attaque. Ce n'est pas que mes techniques soient plus rapides que celles de l'adversaire, ce n'est pas un problème de rapidité ou de lenteur. Le résultat du combat est décidé depuis le début ; cela signifie que m'attaquer, moi qui suis l'Univers, équivaut à vouloir détruire l'harmonie de l'Univers, donc qu'à l'instant même où l'adversaire éprouve le besoin de se mesurer à moi, il a déjà perdu.

L'aikido est une doctrine de non-résistance ; dans la mesure où il est non-résistant, la victoire est assurée dès le commencement.

Les gens à l'esprit impur, au coeur habité par la violence ont perdu dès avant de commencer.

Ne regardez pas les yeux de Aite, le coeur se fait aspirer par les yeux de Aite ; ne regardez pas le sabre de Aite, l'esprit se fait aspirer par le sabre de Aite, ne regardez pas Aite, vous laisseriez pénétrer en vous le ki de Aite.

Le Bu de vérité est un exercice d'attraction de l'adversaire dans sa totalité.

Quel que soit le moment, quelle que soit l'attaque, je suis paisible. Je n'ai aucun attachement à la vie ou à la mort. Je fais entièrement confiance à la Divinité. Ce n'est pas seulement, sabre à la main, mais à chaque instant qu'il faut trancher l'attachement à la vie et à la mort. Il faut absolu ment faire confiance à la Divinité.

Je ne me mesure pas aux hommes. A qui donc, alors ? S'il faut répondre, je me mesure à la Divinité.

C'est parce que l'on se mesure aux hommes, faisant et disant des choses futiles, que rien ne va dans ce monde.

Les bons et les méchants forment une Maison dans ce monde harmonieux.

Il faut trancher tous les attachements.

Il ne faut pas se faire un problème de concepts relatifs, comme le bien et le mal.

L'aikido est la voie qui protège la naissance, la croissance et le développement de tous les êtres afin que tous puissent concourir à établir le règne de l'ordre de l'Univers.

L'amour ne combat pas. L'amour n'a pas d'ennemi. Se faire un ennemi, de quoi que ce soit, vouloir le combattre, cela n'est plus le Coeur Divin. Les hommes qui ne suivent pas ce principe ne peuvent pas s'harmoniser avec l'Uni vers. Le Bu de celui qui ne peut pas s'harmoniser avec l'Univers est le Bu de destruction. Ce n'est pas le takemusu de vérité.

Combattre donc, au moyen des arts martiaux, vaincre ou perdre n'est pas le Bu de vérité. Le Bu de vérité est absolument invincible. Absolument invincible veut dire qu'il n'existe absolument aucun combat. Vaincre veut dire vaincre et détruire en soi l'esprit de combat. C'est accom plir la mission reçue.

Ceux qui pratiquent sincèrement l'aikido doivent ouvrir les yeux du coeur et, par l'aikido, entendre les ordres de la Divinité et les exécuter pleinement.

Le misogi du grand Aiki doit être atteint et achevé. Il faut joyeusement exercer son âme. Vous qui avez du coeur, écoutez, s'il vous plaît, la voix de l'aiki !

Il ne s'agit pas de corriger les hommes, mais de corriger son propre coeur, c'est cela l'aikido. C'est l'ordre que vous donne l'aikido et il faut que vous en veniez à vous le donner à vous-même.

La voie de l'aiki est sans limite. Je ne suis moi-même, et toujours, qu'un pratiquant (Ie fondateur avait alors 80 ans).

Que ce soit dans les arts martiaux ou dans les beaux arts, pénétrer au coeur de la voie n'est pas chose facile.

Il est indispensable en aikido de saisir toutes les lois naturelles de l'Univers ; par exemple, il faut connaître et utiliser la rotation de la terre, il faut comprendre toutes les structures. C'est là le travail d'une vie.

En aikido, il n'y a pas de fin. La voie est sans limite, c'est une fontaine inépuisable.

Le principe essentiel de l'aikido est de s'harmoniser avec le mouvement de l'Univers : c'est devenir Un avec l’Univers même.

Historique, Définition, nature, mouvements, travail des armes

Lorsque Morihei UESHIBA (1881-1969) atteignit un niveau d'excellence dans les arts martiaux qu'il étudiait, il se demanda si la poursuite de la pratique de ces arts martiaux se justifiait et il s'interrogea sur la valeur d'une vie basée sur la défaite des autres. Il en vint à la conclusion que de telles victoires ne sont que relatives, illusoires et s de sens.

Il est toujours possible de rencontrer plus fort que soi et d'être battu. Chaque personne est limitée par ses capacités, mais un autre potentiel intérieur existe en chacun d'entre nous. Il comprit que le vrai combat de la vie est de vaincre ce qui empêche l'épanouissement de l'être authentique.C'est à ce moment que son travail se modifia et prit une autre direction.

Il en vint à penser qu'un art martial pouvait être un outil pour éliminer les mauvais aspects de la personnalité et finalement arriver à un contrôle de l'être unifié, le physique en coordination avec le mental. En développant l'aspect spirituel, il se rendit compte qu'il fallait obéir aux lois de la nature, être en harmonie avec elles. C'est avec cette idée qu'il fonda l'Aikido.

L'originalité de Maître UESHIBA est d'avoir dépassé les limites étroites du combat, de la stratégie pure et simple, et d'avoir envisagé de donner à tous, à travers la recherche de la maîtrise de ce qui reste un art martial, la possibilité d'accéder à un type supérieur de coordination et d'harmonie. Ce principe est aussi une manière intelligente et efficace de s'adapter aux situations.

Idéalement, le pratiquant transpose cette recherche d'adéquation dans sa vie quotidienne. Le message est simple : devenir une personne en harmonie avec les autres, pas seulement à l'entraînement mais aussi dans la vie de tous les jours, quelqu'un d'équilibré, conscient de ses vraies responsabilités. C'est émment l'étude de toute une vie. Mais cet esprit est vraiment le coeur de l'Aikido.

Définition et nature

aï = amour, harmonie, union

ki = énergie, force vitale

do = chemin, voie

Cette traduction littérale permet une définition précise mais incomplète. L'explication des idéogrammes japonais est plus précise et plus imagée, elle parle directement à l'esprit.

Aï est représenté symboliquement par un couvercle et une bouche, tandis que ki est la vapeur qui s'échappe de la cuisson de grains de riz, do enfin est une tête sur un chemin. L'Aikido est une discipline physique, technique, mentale et psychique parce que l'exécution correcte des mouvements améliore la condition générale du corps, en particulier la colonne vertébrale et les articulations. La respiration liée aux techniques stimule la circulation énergétique et sanguine et ce aussi dans certains muscles profonds trop souvent inemployés.

L'exécution des mouvements impose l'étude de sa propre stabilité et développe les réflexes. Après quelques mois de pratique intervient très souvent une métamorphose individuelle tendant à modifier le style de vie (régime alimentaire, activité physique annexe et complémentaire, abandon du tabac, etc.).

Technique parce que la rigueur des arts martiaux traditionnels s'applique à l'Aikido. Chaque forme comprend tous les éléments de l'attaque et de la défense. Le pratiquant s'efface au dernier moment devant l'action de son adversaire et guide la force déployée par celui-ci en effectuant un déplacement du corps susceptible d'accentuer le déséquilibre, afin de provoquer une chute. L'impression ressentie doit correspondre à celle exprimée par l'expression « enfoncer une porte ouverte ».

Les mouvements d'Aikido s'inscrivent dans des plans circulaires, verticaux ou inclinés ou se développent sous forme de spirales suivant les techniques employées. Comme la toupie ou la vague, le corps décrit un mouvement de façon à déplacer le centre de gravité de l'adversaire pour pouvoir manœuvrer facilement et projeter ce dernier avec facilité. Au fur et à mesure de la progression, les prises disparaissent et les mouvements s'appliquent avant la saisie ou le coup, lorsque la main de l'adversaire est sur le point de saisir ou de frapper.

Mentale parce que le pratiquant sincère essaie de s'améliorer aussi en dehors du dojo (lieu dédié à l'étude de la voie). Le bonheur sur cette terre est malheureusement bien loin d'être acquis. Et la paix véritable ne peut venir que de l'intérieur. Les contraintes sont faibles en face du librement consenti.

Utopie n'est pas l'idéal de l'Aikido, si chacun essaie de devenir meilleur jour après jour, non seulement dans ses techniques, mais aussi dans la vie quotidienne, il participera alors dans sa modeste mesure à l'amélioration générale. De cette façon, l'Aikido contribue fortement à développer une compréhension mutuelle entre les différents peuples.

Mouvements

La rigueur des arts martiaux traditionnels du Japon s'applique aux techniques de l'Aikido, chaque forme comprend tous les éléments de l'attaque et de la défense. Ces derniers, alliés aux mouvements caractéristiques de l'Aikido, atémi et irimi, sont dits irrésistibles pour un attaquant.

Les techniques de l'Aikido se pratiquent debout ou à genoux, celui qui subit peut également résister à l'assaut de plusieurs attaquants, armés ou non armés, grâce à l'application des principes dynamiques propres à l'Aikido tels que l'esquive, la non-résistance et les déplacements.

Le principe fondamental consiste en effet à faire le autour de soi, en évitant de s'opposer directement à l'attaque, tout en s'intégrant dans l'action engagée par l'adversaire ; le déplacement qui en résulte s'appelle le tai-sabaki, il utilise la non-résistance et constitue la base des techniques de l'Aikido.Le pratiquant s'efface au dernier moment devant l'action de son adversaire et guide la force déployée par ce dernier en effectuant un déplacement du corps susceptible d'accentuer le déséquilibre de l'attaquant. Ce déséquilibre doit être identique à celui que ressent la personne qui actionne l'ouverture d'une porte au moment précis où celle-ci s'ouvre ou cède sous l'effet d'une force extérieure, une fraction de seconde avant la poussée.

Les mouvements de l'Aikido s'inscrivent dans des plans circulaires ou se développent sous forme de spirales suivant les techniques employées.

Comme la toupie ou la vague, le corps décrit un mouvement harmonieux, circulaire ou sinusoïdal, ou les deux à la fois, de façon à déplacer le centre de gravité de l'adversaire pour pouvoir le manoeuvrer et le projeter avec facilité.

Au fur et à mesure de la progression, les prises fermes disparaissent, les déplacements s'effectuant avant la saisie ou le coup, lorsque la main de l'adversaire est sur le point de saisir ou de frapper.

Les armes

Nous pourrions classer ce chapitre en plusieurs parties :

1 - Le tanto-dori (techniques à mains nues contre couteau, poignard ou armes équivalentes).

2 - Le jo-dori (techniques à mains nues contre un bâton en général de chêne,d'une longueur d'environ 1,28 m).

3 - Le tachi-dori (techniques à mains nues contre un sabre)

4 - L'Aïki-jo (techniques où l'on emploie soi-même le jo pour projeter un partenaire ou contre un partenaire lui-même armé d'un jo)

5 - L'Aïki-ken (techniques avec un ken = sabre en bois réplique d'un katana = avec un partenaire armé également d'un ken).

En règle générale, toutes ces pratiques constituent un entraînement particulier dans le sens que l'on ne réagit pas en face d'une arme, comme l'on réagirait en face d'un poing, ce qui en conséquence nous amène à développer :

A - La notion de distance (Ma aï, différent selon le type d'arme).

B - L'attitude correcte (Shiseï).

C - Apprendre à avoir une attention soutenue face à l'adversaire et à ce qui l'entoure, conserver son sang-froid devant le danger réel que représentent ces armes (Zanshin).

D - Apprendre à rester souple en manipulant soi-même les armes (en effet on ne saurait par exemple avec un ken faire une coupe shomen ou une coupe kesa en ayant les épaules raides).

E - Le contrôle de la respiration (au ken, on ne coupe pas sur une inspiration, au jo on ne pique pas non plus sur une inspiration).

Toutes ces techniques sont donc un excellent complément à la pratique de l'Aïkido, bien que l'on y vienne en général après quelques mois, voire quelques années après le début de sa pratique de l'Aïkido.

Le corps doit être Triangulaire, l'esprit Circulaire.
Le Triangle évoque l'engendrement de l'énergie et il est la plus stable des postures physiques.

Le Cercle symbolise la sérénité et la perfection, source infinie de techniques.
Le Carré représente la solidité, la base de toutes les applications de l'Art.

Moreihei Ueshiba